Programme CLAIR : L’AVENIR S’ASSOMBRIT !

vendredi 19 novembre 2010

Depuis la rentrée, 105 établissements de dix académies parmi ceux « concentrant le plus de difficultés scolaires en matière de climat scolaire et de violence » expérimentent le programme « CLAIR (Collèges et Lycées pour
l’Ambition, l’Innovation et la Réussite). Dix collèges du Nord et quatre du Pas-de-Calais sont concernés. Ce nouveau dispositif se met en place à moyens constants, voire en baisse.

Pour soi-disant agir sur la « violence » des élèves (le terme « agitation » serait, dans la plupart des cas, plus approprié), on reprend les vieilles recettes inaugurées par la mise en place des ZEP en 1981 : politique des projets, liens avec les parents, liens avec les associations de quartier, ouverture sur l’entreprise... Rien de nouveau donc, si ce n’est l’intention accrue de faire jouer la peur du gendarme. Policiers référents, équipes mobiles de sécurité, il s’agit de réactiver fortement les liens entre police, gendarmerie et Éducation Nationale, instaurés pour la première fois en 1998 par le gouvernement Jospin. Dans l’académie, le travail avec les policiers référents se fait déjà et un policier assure depuis quelques semaines une permanence un après-midi par semaine dans un collège de Lille Sud.

Ces recettes ont largement eu le temps de démontrer leur inefficacité. Les personnels de l’Éducation Nationale dans les quartiers populaires savent (et de nombreuses études le démontrent) que l’échec et le refus scolaire trouvent essentiellement leur cause dans la situation sociale de quartiers entiers : chômage, précarité de l’emploi, manque de moyens financiers. Tout cela entraîne des problèmes au niveau du logement, de la santé, etc. et peut rendre les choses très difficiles quand il s’agit d’assurer son rôle de parent. Agir réellement dans ces domaines
imposerait d’aller à l’encontre de la logique capitaliste. CLAIR préfère proposer un « dressage » des parents. La « mallette des parents » ainsi que des ateliers débat et des formations leur seront proposés afin de « développer leurs compétences ». La formation des parents est-elle une mission de l’Éducation Nationale ? En tout cas, ce programme semble l’affirmer.

Mais la véritable nouveauté du programme CLAIR concerne la gestion des personnels, et là, on franchit une étape importante. L’introduction d’un préfet des études, recruté parmi les enseignant-es ou les CPE ressemble fortement à la création d’un nouvel échelon hiérarchique. Cette fonction, qui tient à la fois du professeur-e principal, du CPE, du personnel de direction et du/de la coordinateur/trice pédagogique ( !!!) sera intégrée à l’équipe de direction sans en avoir le statut. Ce préfet des études recevra dès la rentrée 2011 une « indemnité pour fonction
d’intérêt collectif » ! Par ailleurs, un-e IA‑IPR référent sera chargé de suivre ces préfets des études et de « les aider dans leur projet professionnel d’accès au corps des personnels de direction ».
Le « profilage des postes » permettra au chef d’établissement de recruter lui-même l’ensemble des personnels et donc de renforcer son autorité sur eux. Ces postes seront assortis d’une obligation de stabilité de cinq ans. Tous les personnels enseignants, d’éducation, administratifs, sociaux et de santé auront à signer une lettre de mission
de trois ans alignée sur le projet d’établissement. Dès lors, contester ou revendiquer deviendra bien plus difficile puisque le chef d’établissement pourra écarter les gêneurs/ses en prétendant qu’ils/elles ne remplissent pas le contenu de leur cahier des charges. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui se passera pour les nouveaux enseignant-es. Ils/elles auront le choix entre postuler dans un établissement CLAIR à proximité de chez eux où être nommés à l’autre bout de l’académie, voire au-delà. Gageons que nombre d’entre eux se plieront à ces entretiens d’embauche et se retrouveront, inexpérimentés, dans les postes les plus difficiles.

Mais au-delà de cela, on met en place une mise en concurrence des établissements via une évaluation pour chacun d’entre eux. La progression des personnels dans la carrière dépendra des évaluations des « performances de l’établissement ». Donc, ceux qui seraient indignés des conditions d’enseignement faites aux profs comme aux
élèves et seraient tentés de les dénoncer mettraient en danger les promotions de leurs collègues. Bref, on tente de mettre tout le monde au pas.

Le BO du 22 juillet 2010 prévoit que ce programme CLAIR soit « étendu à la rentrée 2011 , dans le cadre d’un examen de la cohérence des géographies prioritaires existantes, en liaison avec la politique de la ville ». Récemment, des membres de l’UMP auraient eux cette fois fait part de leur volonté de voir ce programme étendu à tous les établissements. Et si le véritable but était la remise en cause du statut de fonctionnaire ? On commence par les quartiers populaires (là où l’opposition des équipes confrontées à un échec scolaire massif et en mal de solutions,
et celle des familles sera la moins vive) et on généralise petit à petit.


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