ORWELL L’AVAIT PRESSENTI : ON Y EST PRESQUE

vendredi 17 décembre 2010

Le ministère de l’Éducation Nationale s’enthousiasme pour les nouvelles technologies. Ainsi, dès la rentrée 2011, le cahier de texte électronique deviendra obligatoire. La question se pose de savoir quel doit être le rôle des technologies de l’information et de la communication dans notre travail, notamment dans son aspect administratif. En effet, derrière cette apparente modernité, se cache une méconnaissance totale des conditions d’exercice dans l’Éducation Nationale.
Tous les établissements scolaires ne disposent pas d’équipements en nombre suffisant pour que les enseignant-es puissent remplir les différentes tâches qui devront être reportées sur les supports électroniques, sans compter que nombre d’établissements ne disposent pas d’Environnement Numérique de Travail (ENT) sécurisé. Problème sans doute accessoire aux yeux du ministre qui le règlera certainement en faisant appel à des entreprises privées. Ceci non seulement coûtera plus cher aux établissements mais signifie surtout que des données
personnelles seront gérées par une entreprise qui ne dépendra pas de l’Éducation Nationale ! De plus, comment pouvons-nous mettre en ligne certaines de nos séances si nous devons respecter les droits d’auteur ? Par ailleurs, pour faire un cours, nous n’utilisons pas forcément des documents numériques et la numérisation prend du temps. Le temps passé ainsi est-il vraiment nécessaire si cela sert seulement à remplir le cahier de texte électronique ? Faut-il y voir la volonté d’accroître la disponibilité de l’enseignant-e à la tâche ?

Outre les problèmes techniques, c’est non seulement un flicage du travail des professeur-es qui se met en place mais également une remise en cause de leur professionnalisme. Les inspecteurs/trices avaient pris l’habitude de vérifier la continuité pédagogique dans le cahier de texte. Désormais il sera toujours accessible aux conseils d’enseignement et conseils de classe ( prévu par la circulaire de 1961 !) mais aussi accessible aux enseignant-es, au conseil pédagogique,
au corps d’inspection, aux parents... et accessoirement aux élèves. Autant dire que c’est autoriser légalement tout un chacun à avoir un droit de regard sur la façon de travailler et les choix pédagogiques de l’enseignant-e. À quand des plaintes car les parents ne sont pas satisfaits de certains cours ou documents ? Et les inspecteurs/trices n’auront plus besoin de se déplacer pour le consulter et pourront même faire des remarques sur nos progressions passées... y compris à notre insu.

Le cahier de texte en ligne fait partie de ces tous derniers outils de communication comme la gestion centrale et instantanée des absences et retards et le carnet de notes en ligne, outils qui visent à créer une nouvelle « réalité virtuelle » : « l’établissement transparent »*. La technique est présentée comme une sorte de remède universel aux problèmes de l’éducation et de l’enseignement. Toutefois, elle risque de court-circuiter la parole des élèves et des professeur-es pour ne plus se fier qu’à des données enregistrées et diffusées sur Internet. On avance l’argument de la réussite de l’élève pour placer les parents dans la position de client-es et l’enseignant-e doit rendre compte de son activité en classe au jour le jour. C’est bien là une transformation des relations entre professeur-es, élèves, parents, autorités hiérarchiques qui s’opère, relation désormais commandée par une exigence de visibilité maximale au prix d’un contrôle permanent qui lui est rendu invisible. Mobilisons-nous contre ce Big Brother.

* Philippe Danino et Christian Laval. Voir skole.fr


Agenda

<<

2018

 

<<

Mai

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
30123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois