Et pendant ce temps en Algérie

Sur les émeutes en Algérie
mardi 18 janvier 2011

Alors que le peuple tunisien est parvenu à se mobiliser jusqu’à faire fuir le dictateur, on ne peut que faire le rapprochement entre les soi-disant "émeutes" tunisiennes, véritables mobilisations populaires de résistance à un affairisme érigé en système politique qui s’appuyait sur la répression, et les "émeutes" qui ont lieu en Algérie : à même confiscation des richesses et du pouvoir, même réponse populaire...
Nous reproduisons ici une analyse de la situation algérienne écrite il y a quleques temps déjà par un de nos mandaté-es fédéraux à l’international.

Les médias français ne les évoquent que très rarement, mais depuis plusieurs années des émeutes éclatent régulièrement à travers l’Algérie. Le chômage, le prix des denrées alimentaires de base, la pénurie de logements, l’obligation pour une partie de la population d’habiter des bidonvilles, les violences policières… en sont quelques-unes des causes.

Mais le malaise est d’abord politique. L’Algérie est dirigée en réalité par une clique de généraux du DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité) dont le seul but est de contrôler les richesses du pays. Une clientèle de pouvoir extrêmement riche et une majorité de la population clochardisée, y compris les classes moyennes dont le pourvoir d’achat s’est effondré ces dernières années (le salaire moyen est de 120 euros, un prof gagne 350 euros environs, le prix d’un poulet dans le souk d’Alger est de 5 euros, le prix des loyers rejoint celui de certaines villes françaises...) : voilà la réalité sociale algérienne. La population algérienne est une population abandonnée par un Etat au service des détenteurs du pouvoir et de leurs clientèles.

La vie politique est verrouillée et les activités politiques interdites de fait par l’Etat d’urgence en vigueur depuis janvier 1992. Le pouvoir a tout fait pour atomiser la société civile : la plupart des associations, la centrale syndicale historique sans parler de la majorité des partis ont été neutralisés par la répression et/ou la corruption qui est « sponsorisée par l’Etat » selon un syndicaliste autonome.

Les seules forces démocratiques qui résistent encore et qui subissent une répression permanente sont les syndicats autonomes tel le Snapap (Syndicat National Autonome des Personnels de l’administration Publique), la LADDH (Ligue Algérienne des Droits de l’Homme) [1] et une poignée d’associations intègres. L’union syndicale Solidaires est en contact étroit avec les syndicats autonomes depuis 2006, date d’une première délégation en Algérie. Nous avons tout de suite pu constater sur place l’ampleur du désastre social en Algérie. Les témoignages des camarades et des journalistes étaient sans équivoque. Ces syndicats dénoncent depuis longtemps déjà la situation sociale et ont mis en garde à mainte reprise le pouvoir contre les risques de violence qu’entraine nécessairement une telle violence sociale. Ils l’ont toujours fait dans la légalité et pacifiquement. En retour, ils ne connaissent que le mépris et la répression sous toutes ses formes.

Aujourd’hui, rien d’étonnant donc dans ces émeutes. Elles ne sont pas que des mouvements désordonnés de casseurs qui exprimeraient n’importe comment leur colère. Il suffit de lire la presse indépendante algérienne, comme El Watan, pour s’en rendre compte. Quand des syndicalistes autonomes organisent un sit-in pacifique, ils sont sévèrement réprimés par les forces de l’ordre : arrestations, violences, suspensions des syndicalistes sans solde, pressions diverses [2]... Dès lors, ces jeunes qui se révoltent ont bien compris que le pouvoir qu’ils dénoncent ne comprend qu’un seul langage, celui de la violence. A Oran, samedi 8 janvier, des étudiants ont tenté d’organiser un rassemblement pacifique avec une pancarte ; la police est intervenue matraque au poing pour les disperser... La répression est généralisée à l’ensemble du pays : ce sont des centaines d’arrestations qui ont lieu, certains témoignages parlent de rafles le lendemain des manifestations dans certaines villes, la police ramassant indistinctement les jeunes qui ont l’imprudence de circuler en ville. Le ministre de l’intérieur a publiquement reconnu mille arrestations. A ce jour, 3 morts sont à déplorer et c’est la police qui est directement mise en cause.

Comment ne pas voir aussi un symbole dans les lieux qui sont visées par les « émeutiers » : à Oran, Bougie et dans d’autres villes la Société Générale, la BNP et d’autres banques, les agences d’opérateurs téléphoniques internationaux. Les symboles du mirage libéral dont le pouvoir militaro-policier vante les bienfaits mais qui exclut des millions d’algériens. Dans le sud du pays, autour de Hassi Messaoud, se sont ainsi créées de véritables zones franches pour les multinationales étrangères. Le droit du travail n’y existe pas. Les sociétés de travail intérimaire sont la propriété des généraux, ce qui garantit aux employeurs une main d’œuvre qui ne protestera pas. Il y a peu encore des syndicalistes autonomes nous expliquaient que les rares protestataires disparaissaient dans le désert... Seul le combat de deux d’entre eux, Meryem Medhi et Yocine Zaid, syndicalistes licenciés respectivement de British Gas et d’Eurest, multinationale de l’alimentaire, a permis de lever le voile sur cette situation.

Dans le cadre du réseau syndical euro-maghreb dont fait partie Solidaires, les camarades algériens ont aussi souvent eu l’occasion de dénoncer le silence qui règne en France notamment sur la catastrophe économique qui touche la population algérienne. Avec des réserves de près de 160 milliards de dollars, une dette épongée et des réserves en hydrocarbures pour de nombreuses années encore l’Algérie est un pays riche. C’est ce que savent ces jeunes algériens, pourtant condamnés à « tenir les murs » selon le nom que les jeunes chômeurs se donnent eux-mêmes, ou à se faire harragas, c’est-à-dire à émigrer clandestinement, traversant la méditerranée sur des barques de fortune, au prix de centaines de morts annuels....

Non, il n’y a rien d’étonnant dans ces émeutes.
L’union syndicale Solidaires apporte son soutien aux syndicats autonomes algériens qui luttent depuis longtemps pour améliorer la situation sociale de l’ensemble des algériens et qui aujourd’hui sont témoins d’une violence policière qui s’étend désormais à l’ensemble de la jeunesse du pays.


[2Voir le site du CISA, Comité International de Soutien aux Syndicalisme autonome algérien : http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org/


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Brèves

SOUTIENS INTERNATIONAUX CONTRE LA LOI TRAVAIL

mardi 14 juin 2016
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De nombreux soutiens internationaux à la lutte que nous menons contre la rétrograde loi Travail nous sont parvenus, parmi lesquels ceux de :

la Confederacion Intersindical (Espagne) ; l’ODT (Maroc) ; le Réseau syndical international de solidarité et de luttes et le réseau Rail Sans Frontière (Solidarité internationale) ; les organisations en lutte contre la loi Peeters (Belgique) ; les ouvriers de l’usine autogérée VIO-LE (Grèce) ; la région Genève du SSP (Suisse) ; CUB, SICOBAS USI-AIT, SGB, Fronte di lotta No Austerity (Italie), avec une manifestation de soutien USI, CUB, UNICOBAS, SI-COBAS, ASBEL-CNL, SGB, il sindacato è un’altra cosa – Opposizione CGIL à Rome ; Palestinian Postal Service Workers’ Union (Palestine) ; CSP Conlutas (Brésil), avec un rassemblement de soutien à Sao Paulo ; Ver.di, avec une initiative de solidarité à Hambourg (Allemagne) ; CGTP-IN (Portugal) ; Kesk, syndicat du service public (Turquie) ; plusieurs organisations à San Francisco (Californie).

Ce soutien ne se dément pas, qu’il vienne d’Espagne, de Portugal ou de Belgique.

Actualité internationale, soutiens, photos, vidéos, sur le site de Solidaires.
Solidarité internationale contre la loi Travail (vidéo, 28 avril).
Soutiens internationaux (liens, 28 avril).

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Belgique, le 24 mai

Lisez le Bulletin international.

L’International est en ligne

samedi 7 mars 2015

Le bulletin international

Le bulletin international de la fédération SUD éducation est désormais disponible en ligne.

Des livres pour Rojava

mercredi 25 février 2015
Des livres pour Rojava

Le Rojava ou Kurdistan de l’Ouest se trouve dans le nord-est de la Syrie. En novembre 2013 un gouvernement d’autonomie démocratique y a été proclamé. Il défend l’autogestion, l’émancipation des femmes, l’anti-capitalisme et l’écologie politique. En septembre 2014, une académie de Mésopotamie a été ouverte. Une campagne pour fournir sa bibliothèque a été lancée par les étudiant-es sur place, relayée par Solidaires étudiant-es et l’Union syndicale Solidaires.

L'appel «Des livres pour Rojava» de Solidaires étudiant-e-s

Contre la loi du bâillon de l’Etat espagnol !

jeudi 29 janvier 2015

Dans ce pays où selon une enquête récente de l’UNICEF 30% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté, le mouvement social et syndical est frappé par une répression étatique rappelant les heures sombres du franquisme.

Pour faire face à cette réalité, un réseau solidaire anti-répression a été mis en place à l’initiative de plusieurs syndicats de lutte (CGT, LAB, CUT, Solidaridad Obrera, Confédéracion Intersindical, ASSI).

Un guide anti-répression édité par ces syndicats montre l’étendue de la répression. Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes, que l’Union syndicale Solidaires a contribué à fonder, appelle à la solidarité internationale.


No pasarán !


→ Contre la Loi Mordaza, sur le site du Réseau syndical international de solidarité et de luttes ;
→ Le communiqué du Réseau, sur le site de l’Union syndicale Solidaires ;
Pretenden amordazarnos ! sur le site de nos camarades de la CGT - E

Appel à un rassemblement de solidarité avec les syndicalistes autonomes algériens (12 février, 13h00 devant le consulat d’Algérie)

mardi 12 février 2008

En soutien aux organisations syndicale de la Fonction Publique algérienne non inféodées au pouvoir qui organise une grève du 10 au 12 février en Algérie contre la faiblesse des salaires, la précarité et la répression. Rassemblements en France le mardi 12 février (13h00 à Lille devant le consulat d’Algérie, rue de Solférino)

Lire l’appel

projection de film en soutien à Oaxaca au CCL le 22/12 à 20H

vendredi 15 décembre 2006

21/12 projection de film en soutien à Oaxaca au CCL [20H]

films de l’appo + discut

CCL 4 rue de colmar / 59000 lille métro porte des postes

plus d’info ici : 21-22/12 action en soutien à Oaxaca sur Lille

rassemblement en soutien aux insurgé-e-s de Oaxaca 21/12 à 18H

vendredi 15 décembre 2006

rassemblement en soutien aux insurgé-e-s de Oaxaca 18H

rendez vous à 18H le 21 décembre place de la république

plus d’info ici (article Indy media lille) : 21-22/12 action en soutien à Oaxaca sur Lille