APRÈS LA TUNISIE, L’ALGÉRIE ?

vendredi 11 février 2011

La révolution tunisienne est un exemple à plus d’un titre. Un exemple pour celles et ceux qui soutenaient la dictature comme le seul rempart contre la montée de l’islamisme, pour celles et ceux qui vantaient le miracle économique tunisien, pour celles et ceux qui affirment que les peuples du maghreb en général « ne sont pas prêts pour la démocratie », à l’instar de Sarkozy dans son discours de Dakar en 2006 : « l’Afrique en général n’est pas encore entrée dans l’Histoire ». Car la Tunisie vient d’y entrer par la grande porte !

Certes, la situation est loin d’être celle que les démocrates du pays appellent de leurs voeux : avocat-es, défenseurs des droits de l’homme, et les syndicalistes qui ont poussé la direction de la centrale unique, l’UGTT (Union Générale du Travail) à se radicaliser et à défendre les insurgé-es. Rappellons que les premiers mouvements sociaux remontent à 2008 dans le sud du pays. Les manifestations dénonçant le népotisme local à l’oeuvre dans l’embauche par le principal employeur, une firme qui exploite le phosphate, ont été réprimées violemment. Deux jeunes chômeurs meurent électrocutés en essayant de fuir la police et un autre sera tué par balle. Au total , onze inculpés dont des syndicalistes de l’éducation avec 10 ans de prison ferme pour certains. Les défenseurs des droits de l’homme dans le pays ont alors fait un travail remarquable pour mobiliser l’opinion internationale et notamment syndicale permettant à des délégations dont Solidaires fait partie, d’assister aux parodies de procès qui se sont à ce moment-là déroulés dans la plus grande indifférence médiatique. Mais aujourd’hui plus personne ne peut faire semblant d’ignorer ce qui se passe dans le pays. Restent deux questions : le RCD, parti corrompu de Ben Ali va-t-il enfin lâcher le pouvoir ? Et que va faire l’armée ?

Car au Maghreb, quand l’armée se rapproche du pouvoir, c’est rarement dans la but d’organiser des élections démocratiques. Les Algérien-nes s’en souviennent avec la confiscation du pouvoir pas les généraux après la révolution de 1988 et l’instauration de l’état d’urgence, toujours en vigueur. Les parallèles entre les deux pays sont nombreux : chômage endémique des jeunes, pouvoir corrompu, népotisme, pauvreté (alors que les caisses des deux États sont pleines), négation des libertés et répression des opposant-es. En Algérie, la classe politique a en général été laminée par la répression ou les manoeuvres de généraux. Restent les syndicats autonomes menés par le SNAPAP ( santé) et la coordination nationale des sections CNES (supérieur). Aujourd’hui, après avoir tenté de prévenir l’opinion internationale sourde et aveugle pendant des années, il arrive ce qu’ils avaient annoncé : une jeunesse désespérée s’est là aussi révoltée avec la volonté d’en finir avec la dictature et l’état d’urgence et pour que soit appliquée la constitution qui garantit droits et libertés. Avec la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme et d’autres associations, ils s’efforcent de rassembler les forces démocratiques dans le pays et ont constitué un Collectif de soutien aux mouvements populaires en Algérie. Des partis politiques, tel le FFS, relèvent la tête et ont appelé à une marche nationale le 12 février pour exiger la levée de l’état d’urgence et le départ des généraux réellement au pouvoir (qu’ils emmènent avec eux Bouteflika, leur homme de paille !) Les émeutes, provisoirement calmées ces jours-ci, font partie du quotidien du pays depuis le début des années 2000. Elles ne cesseront pas tant que la situation n’aura pas elle même radicalement changé. En Algérie aussi, le vent se lève !


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