RÉPRESSION MODERNE ET HYGIÉNIQUE

vendredi 17 juin 2011

L’accès à l’enseignement est un droit fondamental des détenu-es qui figure dans les textes réglementaires (art D. 450 à D. 456 du code de procédure pénal ) ou les recommandations ou résolutions internationales
(recommandation R89 du Conseil de l’Europe sur l’éducation en prison, résolution 1990/20 de l’assemblée générale des Nations Unies sur l’éducation en prison…)

Dans la nouvelle prison d’Annoeullin, qui accueillera les détenus à la fin du mois, ce droit, pour les personnels de l’Éducation Nationale en tout cas, semble vouloir être réduit à sa plus simple expression. Plantons le décors pour comprendre. Première impression de l’extérieur : des bâtiments flambant neufs et colorés, des couleurs vives clinquant sous le soleil, des espaces moins cliniques qu’à Sequedin, plus humains ? Des miradors qui tutoient le ciel.
Visite guidée, entrons : tiens, impression d’avoir déjà vu cet endroit. Ah oui, Guantanamo, en plus petit. Trois passages grillagés et ornés de concertina* séparent et mènent aux différents bâtiments. Partout où se porte le regard, il heurte un mur. Bonne idée d’abolir l’espace, le détenu de lui-même abolit le temps, les repères se brouillent très vite. Le seul endroit où on a vue sur l’extérieur est… le mitard. Les fenêtres grillagées de minuscules carrés découragent toute perspective de communication, de cellule à cellule. Dans les cours de promenade, pas un brin d’herbe, du béton aux murs, du goudron au sol. Quartier des arrivants : les murs peints en mauve peinent à faire oublier un plafond entier de concertina. Privé de ciel, ce n’est pas que symbolique. Quartier des longues peines : l’espace se réduit encore et le béton brut envahit tout. Promenade dans un cube fermé, pointes d’acier dans les coursives. Quartier scolaire : pas de quartier à proprement dit, quelques salles dispersées dans les différentes unités. Des salles ou des placards ? Espace exigu où dix tables rentrent à peine, où on n’est maître ni de l’ouverture des portes, ni de
l’éclairage, commandés électroniquement depuis le PC central. Un tableau mural ridiculement petit. Deux fenêtres aux vitres opaques qui ne s’ouvrent pas… Le lieu dédié aux cultes fait cinq fois cette surface.

Nous sommes la dernière roue du carrosse, après les formations privées qui se sont attribuées les meilleures salles. Nos horaires pour enseigner sont en concurrence avec le travail, le sport, les parloirs, le culte. Pour acheter les fournitures nécessaires, le budget alloué est de 0 € alors que 6000 € sont crédités pour l’achat de ballons. Mais pour l’instant, il nous est interdit de transférer notre matériel pédagogique de Loos, et si nous pouvions le faire, ce devrait être par nos propres moyens….Annoeullin, le ton est donné : prison-outil pour punir voire détruire, travail et sport pour la paix sociale.
Ré-insertion ? Éducation ? Sous couvert d’hygiène et de modernité, isolement total, torture mentale. La surpopulation, intenable, risque d’entraîner encore un accroissement du nombre de suicides.

Dans cette période sécuritaire et régressive, une campagne difficile s’annonce, celle pour sensibiliser l’opinion publique à la souffrance des détenus et faire respecter leur droit à l’enseignement

* concertina : fils barbelés utilisés en prison


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