Souffrance au travail : l’Éducation Nationale aussi !

dimanche 25 décembre 2011

Ces 1er et 2 décembre, SUD éducation 59/62 organisait un stage « santé & sécurité au travail, défense des personnels ». L’article ci-dessous est issu de la seconde journée.

Alors qu’il est communément admis qu’on ne souffre pas au travail dans le monde enseignant... l’Éducation Nationale bat des records avec un taux de 39 suicides pour 100 000 (pour la police, le taux est de 35 pour 100 000), très largement au-dessus de France Telecom ! Mais comment peut-on souffrir dans l’Éducation Nationale nous dira-t-on, en travaillant « si peu » et avec « tant de vacances » ? Rappelons tout d’abord quelques petites choses : tout le monde n’est pas enseignant-e dans l’EN et ne bénéficie pas des mêmes vacances ; certains personnels doivent même faire bien au-delà de leur horaire habituel pour « rattraper » ces dites vacances. Ensuite, un nombre croissant de personnels, enseignant et non-enseignant, n’est pas fonctionnaire, loin de là : l’EN est devenue la championne de l’embauche de précaires sous toute forme. Enfin, même les titulaires ne sont plus à l’abri de la sacro-sainte flexibilité : ainsi pour les enseignant-es, il n’est maintenant plus nécessaire d’enseigner une matière rare pour travailler dans deux voire trois établissements éloignés de quelques dizaines de kilomètres ; et on ne doit plus s’étonner de devoir enseigner les maths quand on a passé un concours nous destinant à l’enseignement de la physique par exemple. Enseignant-es ou non, les personnels de l’EN doivent aujourd’hui être « flexibles » multi-tâches, polyvalent‑es, bref « bouche-trous » au service de « l’efficacité » comptable d’un service encore public.

Les sources de souffrance au travail sont donc nombreuses : au-delà de la pénibilité parfois peu visible de certains métiers comme celui d’enseignant-e (le suivi par exemple d’institutrices de maternelle montre que ces femmes sont fréquemment victimes de troubles musculo-squelettiques, troubles respiratoires, allergies, confronté-e-s sans cesse à des infections diverses, à des postures pénibles...) On peut signaler le caractère multifonctionnel des activités des enseignant-es qui peut les rendre épuisantes (il faut par exemple à la fois faire cours, ramener le calme, rappeler à l’ordre, suivre le fil de son raisonnement, écrire au tableau, installer le matériel, donner la parole, anticiper sur l’activité suivante...) Mais les cas de plus en plus fréquents de souffrance au travail sont évidemment dus à la dégradation marquée de nos conditions de travail et à l’absence de perspective d’évolution positive : augmentation de la charge de travail (avec par exemple pour les enseignant-es les nouvelles modalités d’évaluation, avec les livrets de compétence, la prise en charge des missions d’orientation avec la quasi-disparition des COP, pour les personnels ATOSS une baisse d’effectif et une augmentation des tâches à accomplir, une pression accrue de la hiérarchie, etc.) augmentation du stress face à un public de plus en plus difficile car lui même précarisé et en souffrance, sentiment d’inutilité et d’impuissance face à l’ampleur des problèmes et surtout à l’absurdité des politiques menées, impression de ne pas pouvoir faire son travail et de trahir sa vocation première... À ce désarroi souvent profond s’ajoute le sentiment d’abandon voire de mépris ou de mise à l’index de la part de la hiérarchie, et parfois malheureusement de certain-es collègues. Le manque de solidarité collective et l’individualisation des problèmes renforcent la souffrance et la perte de sens du travail.

Face à cette souffrance qui touche de plus en plus de collègues, que faire ?

Tout d’abord, il faut comprendre et agir ! Rien n’est pire que la passivité : une expérience menée sur des rats (expérience de Weiss) montre que la souffrance infligée n’a d’effet irrémédiable que sur celui qui reste passif et non sur celui qui agit. Pour surmonter la souffrance, on doit chercher à l’expliquer par ses causes structurelles, liées à l’organisation du travail et à l’évolution des conditions de travail (voir le DVD très éclairant de Philippe Davézies, enseignant-chercheur au CNRS, édité par FAC : Souffrance au travail, comprendre et agir), et non pas l’individualiser comme on tente de le faire.
Il faut rappeler que tout employeur a des obligations vis-a-vis des ses salarié-es : la condamnation récente de Renault par la justice à propos du suicide d’un de ses salarié-es pour « faute inexcusable » le rappelle. Il nous faut donc signaler tous les dysfonctionnements constatés, ne pas hésiter à mettre en cause notre hiérarchie à tous les niveaux. Pour cela, un outil existe, mais est peu connu : il s’agit du cahier hygiène et sécurité (voir Décret 82-453+ BO 6 du 11 février 1999 pour le plan exact de ce cahier) nouvellement rebaptisé « registre de santé et de sécurité au travail » (depuis juin 2011) qui doit être disponible à tou-tes, dans un endroit sans hiérarchie -bien souvent à l’accueil. Ce cahier est obligatoire, on doit savoir où il se trouve dans l’établissement, il est numéroté et c’est un document officiel qui a une valeur juridique. Recourir à ce cahier peut être une façon d’obliger l’institution à réagir (le ou la chef‑fe d’établissement doit répondre, en datant sa réponse) et peut aussi être utilisé pour la défense d’un collègue mis en difficulté.

Nous ne devons plus souffrir et laisser souffrir sans réagir !


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