DU CÔTÉ DES FEMMES* : À BAS LA REPRODUCTION SEXISTE À L’ÉCOLE !

jeudi 1er mars 2012

Début février, la commission femmes de SUD éducation 59/62 proposait une formation intitulée De quel genre es-tu ? Ce stage avait pour but de nous interroger sur la reproduction sexiste à l’école et d’envisager des modes d’action possibles contre celle-ci. Plusieurs intervenantes se sont succédées et le constat est édifiant : l’école est toujours partie prenante d’une reproduction sociale sexuée en dépit de beaux discours égalitaires. Nous aborderons dans cet article les thèmes de la première journée à savoir l’éducation sexuelle à l’école et l’analyse des manuels scolaires. La deuxième journée sera relatée ultérieurement.

Quand le planning familial intervient dans les établissements, il s’agit de séances équilibrées entre temps mixtes et non-mixtes où les élèves peuvent aborder librement et de manière anonyme les questions qu’ils et elles se posent. C’est l’occasion pour les intervenantes de débusquer les phénomènes sexistes et de faire un travail sur le choix. Il faut savoir que dans les textes il y a obligation pour tout-e élève d’avoir 3 séances d’information à la vie sexuelle et affective par an et par année d’âge de la maternelle à l’université (on en est loin dans les faits.) Aujourd’hui, devant une nouvelle baisse drastique des moyens alloués, l’idée est que dans chaque établissement il y ait du personnel formé qui joue un rôle de relais. C’est dans cette optique qu’a été créé le module PAVAS dans le PAF.

Ces interventions en milieu scolaire s’inscrivent depuis 2008 dans une mission de santé publique de lutte contre le suicide des adolescent-es. Beaucoup de ces derniers ont pour origine la difficulté à pouvoir assumer son identité sexuelle. Ainsi Aurore Le Mat, doctorante en sciences politiques sur le thème de l’éducation à la sexualité en milieu scolaire et de la construction sociale à l’école a montré qu’institutionnellement la lutte contre le sexisme et l’homophobie est quasi-inexistante. Et non seulement l’hétérosexualité continue d’être présentée comme le référent (dans toutes les histoires en primaire par exemple) mais il y a un véritable refus d’intégrer l’homosexualité
comme un modèle possible. Le film Le Baiser de la Lune créé pour les élèves de CM1 et CM2, qui relatait une histoire d’amour entre deux poissons mâles a été interdit. Nos élèves qui consomment les dessins animés
de Disney sont abreuvés de chansons sexistes (ex : Pocahontas). Il est toujours possible d’utiliser ces dessins animés pour faire repérer les clichés sexistes. Il faut développer la mise à disposition d’ouvrages présentant des relations homosexuelles (mangas notamment) et surtout que les personnels se forment à un langage qui ne transmette pas les normes hétérosexuelles mais laisse la possibilité du choix ( mots épicènes ente autres) si on veut que les choses changent.

Cette notion de reproduction sociale sexuée et normée a été développée plus avant par la sociologue Sylvie Cromer. À travers la présentation des résultats de son étude sur la représentation des filles et des garçons dans les manuels scolaires **, voici quelques données édifiantes :
- Seulement 39 % des personnages sont féminins, il n’y a donc pas de parité numérique, les femme sont d’emblée considérées comme une minorité de l’humanité ;
- Les garçons ne sont pas dotés d’attributs spécifiques alors que les filles sont identifiées comme telles par leur coiffure et le port de la jupe. Le message est simple : la femme est une déclinaison de l’homme. Elle n’a pas vocation à montrer l’universel mais est un cas particulier de l’humanité ;
- Dans 8O % des relations mises en scène il y a un garçon
en groupe, avec une autre génération, avec ses pairs : on lui dit par là qu’il est au centre ;
- Dans 50 % des relations mises en scène seulement se trouve une fille. Elle est quasiment toujours en interaction avec un garçon. Il n’y a pas de filles avec leurs pairs, donc pas d’entre-soi féminin. Dans les histoires pour enfants, ce n’est guère mieux : pour accéder au rôle d’héroïne, une fille se doit d’être la soeur jumelle ou la cadette.

Ces images construisent les enfants selon un système genré.
Elles transmettent des valeurs légitimées par les I.P.R. Et surtout, elles renforcent les inégalités de notre société. Il faut donc redoubler d’énergie pour lutter contre en analysant tout d’abord nos pratiques pédagogiques, faire des retours aux éditeurs/trices, produire des manuels où on revisite ces représentations, mettre les élèves en situation de les critiquer. Le genre étant culturel il faut s’appuyer sur les autres cultures pour renverser les images.

* en référence à l’excellent Du côté des petites filles, publié en 1973 par la pédagogue féministe italienne Elena Gianini Belotti.

** Comment promouvoir l’égalité entre les sexes par les manuels scolaires ? de Sylvie Cromer et Carole Brugeilles, UNESCO 2008. On peut également lire des articles de Sylvie Cromer dans Les Cahiers du genre du CAIRN, accessibles gratuitement en ligne.


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