Conséquences néfastes des "rythmes scolaires"

dimanche 29 mars 2015

Dans le premier degré, les conditions de travail se dégradent depuis des années : disparition progressive des RASED et des intervenant-es dans les classes spécialistes disciplinaires (anglais, musique ou autres), difficulté pour faire prendre en charge les enfants en situation d’échec scolaire, absence de places dans les structures spécialisées (comme les SEGPA), ce qui entraîne pour tous les personnels du premier degré une augmentation de la charge de travail [1] et un sentiment d’impuissance face à des élèves que nous ne savons plus comment aider.

Mais depuis la réforme des rythmes scolaires, les conditions de travail se sont à nouveau encore dégradées : nous enseignant-es sommes désormais « chassé-es » de nos classes durant les TAP (Temps d’Activités Périscolaires) : celles-ci sont en effet réquisitionnées par les mairies, faute de locaux, pour la mise en place des activités périscolaires.

Lequel ou laquelle d’entre nous n’a pas travaillé le soir ou le midi au calme dans sa classe pour préparer sa journée du lendemain ? Maintenant, nous pouvons certes toujours le faire, mais nous travaillons dans le bruit et nous sommes dérangé-es par des élèves qui ne font pas la différence entre temps scolaire et temps périscolaire.

En redéfinissant nos horaires, la dite réforme nous oblige donc à fuir nos classes et certains collègues sont même obligé-es de rester 45 minutes supplémentaires par jour sur leur lieu de travail durant la pause du midi. Pour les collègues en question, la peine est double : non seulement, ils ou elles ne terminent pas plus tôt le soir mais ils ou elles se voient aussi infliger, comme nous tou-tes, une demi-journée de travail supplémentaire.

Et quand bien même certain-es chanceux/ses ne sont pas mécontent-es de finir plus tôt tous les jours, il reste le problème de cette demi-journée : alors, mercredi ou samedi ? Et là encore, la règle semble être l’injustice : les municipalités ont souvent imposé leur choix en dépit des décisions du conseil d’école… et dans tous les cas de désaccord entre d’un côté enseignant-es et parents d’élèves, et de l’autre les élu-es, l’administration a tranché en faveur des municipalités… Le côté arbitraire de ces décisions mérite d’être salué : une fois encore, l’administration nous soutient, applaudissons !

Nous ne parlerons pas non plus de tous les dysfonctionnements, parfois très graves, que nous voyons se dérouler lors des temps périscolaires, car « on » nous fait bien comprendre que cela ne nous regarde pas… comme le taux d’encadrement parfois farfelu, ou les animateurs/trices parfois peu formé-es et sans grande expérience qui font ce qu’ils ou elles peuvent ; en effet, sans moyens, on ne peut pas faire de miracle

Et que dire de ces activités et champs disciplinaires que l’on voit partir vers les TAP ? Car bien souvent, nous n’avons jamais été consulté-es pour la mise en place de ces activités périscolaires. Lequel ou laquelle d’entre nous n’a pas pesté quand les TAP nous dépossédaient d’un projet que nous voulions mener avec nos élèves ?

N’y a t il pas par ailleurs un risque majeur à faire croire aux parents que n’importe qui peut encadrer et gérer des groupes d’enfants ? Car le flou artistique est de mise : nous avons toutes et tous entendu parler de « projets pédagogiques » pour les activités périscolaires, en laissant dire. Réveillons-nous : NON, la pédagogie est de l’attribution des enseignant-es ! Les mots sont importants : pour le périscolaire, on peut parler de projet « éducatif » mais certainement pas de projet « pédagogique », ce n’est pas la même chose. Mais cette confusion semble être de mise : les mairies se félicitent bien souvent du bon fonctionnement des TAP et font de la communication : un bel emballage marketing pour les parents.

Mais au-delà de tout ça, la réforme pose un problème beaucoup plus grave : tout le monde s’est focalisé sur la question des 4 jours ou 4 jours et demi, mais le vrai problème est ailleurs : les enseignant-es du premier degré sont-ils et elles toujours fonctionnaire d’État, ou deviennent-ils/elles des employé-es communaux/ales ? Car le véritable enjeu de cette réforme est là : elle permet une avancée de la territorialisation de notre profession. Or ce n’est en aucun cas à une mairie de fixer nos horaires ! C’est une atteinte forte à notre statut.

L’État tente de déléguer la compétence école aux communes : la territorialisation de celle-ci est amorcée. Le risque est bien réel de perdre notre indépendance pédagogique face au pouvoir politique local. Qui a dit que le conseil d’école n’aurait plus qu’un rôle consultatif ? Cela a déjà été le cas lors de la réforme, nous avons juste été consulté-es et les mairies ont décidé.

L’enjeu est énorme ! Veillons à ce que le conseil d’école ne perde pas le peu de pouvoir qu’il lui reste, et affirmons-nous avec les parents d’élèves avant d’être complètement soumis aux desiderata des municipalités.

Observons enfin que les écoles privées n’ont pas mis en place cette réforme. Elles sont restées à 4 jours. On comprendra par conséquent que l’école publique est menacée. Les établissements privés sous contrat doivent être soumis aux mêmes lois que l’école publique. Or celle-ci a été chamboulée par cette réforme, et certains parents font déjà le choix du privé ou l’envisagent pour l’année prochaine ; en effet, dans le privé, les journées des élèves n’ont pas été désorganisées.

Pour toutes ces raisons, faisons entendre notre voix, haut et fort et réagissons en conséquence. Nous pouvons dire NON... pourquoi pas le 9 avril prochain ?


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[1Pensons par exemple à tous ces dossiers à remplir pour les prises en charge et autres demandes en tous genres


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9 avril premier degré
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Brèves

Evaluation et sélection de la maternelle à l’université

lundi 11 avril 2016

A la suite des changements de programmes de la maternelle au collège, le ministère a engagé une réforme de l’évaluation des élèves dès la maternelle : contradictions et aberrations ; pendant ce temps, la Conférence des président-es d’université (CPU) cherche à limiter l'accès en master.

Affichette contre la réforme Peillon des rythmes scolaires

lundi 28 janvier 2013

Vous trouverez ici l’affichette réalisée par la fédération Sud éducation pour dénoncer la réforme des rythmes scolaires voulue par Peillon et qui aura des effets négatifs, tant pour les élèves que pour les membres du personnel.

LES PRÉAVIS DE GRÈVE POUR LE PREMIER DEGRÉ

vendredi 2 octobre 2009

Pour poser un préavis de grève dans le premier degré il faut désormais s’y prendre très à l’avance et assister dans l’intervalle à une réunion de "négociation" avec les représentants du ministère.
Afin de compenser cette deuxième atteinte au droit de grève après le SMA, les préavis courants sont désormais posés systématiquement par la Fédération pour chaque période entre les vacances scolaires. Ce mode de fonctionnement n’a à ce jour pas été retoqué par le ministère.

Vous trouverez ce préavis dans la rubrique Fédération>Préavis de grève :
http://www.sudeducation.org/rubrique309.html