Les trois tâches de l’après-non Empêcher le recul social, rompre avec la logique monétariste, faire entendre les peuples...

mercredi 8 juin 2005

par Annick Coupé, Pierre Khalfa, Jean-Michel Nathanson - secrétaires nationaux de l’Union syndicale Solidaires

Le non vient de l’emporter sans la moindre ambiguïté avec un vote massif des classes
populaires. Ce résultat vient de loin. Il est ancré dans les mobilisations sociales et citoyennes de ces
dernières années marquées par un refus de plus en plus fort des politiques néolibérales dont
l’apparition à l’échelle internationale du mouvement altermondialiste est le signe le plus tangible. En
France même, le refus réitéré de nos concitoyens d’accepter les politiques néolibérales s’est manifesté
scrutin après scrutin et ce, quel que soit le gouvernement en place. Après les grandes manifestations
contre la « réforme » des retraites, les mouvements sociaux de ces derniers mois ont encore montré, s’il
en était besoin, la force de ce rejet. Dans cette situation, l’autisme des principaux dirigeants politiques
de ce pays, de droite comme de gauche, n’en est que plus frappant, de même que la constance du
Medef dans ses projets de régressions sociales. C’est cet autisme qui a d’abord été sanctionné le 29
mai. Ce résultat marque l’échec d’une pédagogie de la résignation et le retour de la politique contre la
communication.

Nos concitoyens seront-ils entendus ? Au vu des premières réactions des responsables des
principaux partis politiques, rien n’est moins sûr. Il faut certes faire la part des réactions obligées et
convenues. Néanmoins, il est à craindre que les petits calculs politiciens l’emportent sur la réflexion
nécessaire. Pourtant, cette campagne référendaire est riche d’enseignements. Trois faits,
particulièrement importants pour l’avenir, peuvent être notés. Alors que certains s’évertuent
régulièrement à nous présenter une société française dépolitisée, composée d’individus nombrilistes,
c’est au contraire un peuple conscient des enjeux et s’investissant dans la vie politique que la
campagne référendaire nous a montrée. Le nombre considérable de réunions d’information,
organisées notamment à l’initiative d’Attac ou de la fondation Copernic, a permis que le débat irrigue
en profondeur la société française. Pour avoir totalement sous-estimé cette soif de politique, les
responsables des partis traditionnels, notamment à gauche, ont mené une campagne électorale qui n’a
cessé de patiner, incapables de répondre aux questions que se posaient les Français.

Le deuxième fait caractéristique de cette campagne a été la dynamique unitaire originale qui
s’est créée autour du non européen, démocratique et antilibéral, ce qu’on a appelé le « non de gauche ».
Près d’un millier de collectifs unitaires ont vu le jour, où se sont côtoyés militants politiques,
associatifs, altermondialistes, syndicaux, principalement de la FSU, de la CGT et de l’Union
syndicale Solidaires, mais aussi souvent de simples citoyens non encartés désireux de s’investir pour
une échéance jugée décisive. Fait remarquable, dans un mouvement syndical marqué par la division,
plus de 6 000 responsables syndicaux ont signé en quelques jours un appel intersyndical appelant à
rejeter ce traité constitutionnel. Transcendant les appartenances organisationnelles, l’apprentissage du
travail en commun et la confiance qui s’est construite dans cette campagne laisseront des traces pour
l’avenir et rendront difficiles d’éventuelles manoeuvres d’appareil visant à confisquer une victoire
collective.

Le troisième enseignement de cette campagne est la force de l’idée européenne. C’est parce
que le non se voulait européen qu’il l’a emporté. C’est au nom de l’Europe que le combat contre le
traité constitutionnel a été mené. Contrairement à ce qu’affirmaient les partisans du oui, le débat n’a
pas porté sur la nécessité de la construction européenne mais sur ses modalités. Le refus des partisans
du oui d’accepter ce débat a été une des raisons de leur déconfiture. Nos concitoyens se sont emparés
de la question européenne en comprenant que celle-ci est aujourd’hui une question nationale. Ils ont
fait, à juste titre, le lien entre les orientations gouvernementales et une construction européenne
organisée autour d’un axe, le marché, et avec un seul objectif, le développement de la concurrence.
Pour changer les unes, il faut changer l’autre.

Le rejet du traité constitutionnel européen par les électeurs français ouvre une période inédite
dans la construction européenne. La victoire du non crée des opportunités nouvelles. En bloquant un
processus présenté comme irréversible par ses promoteurs, elle force le débat public dans toute
l’Europe sur les finalités et l’organisation de l’Union. Le non français aide donc à créer un espace
public européen et renforce l’identité de l’Union en permettant qu’une pluralité de choix sur l’avenir
de l’Europe puisse être discutée. Ce résultat donne des responsabilités nouvelles à ceux qui défendent
l’idée d’une « autre Europe », une Europe des droits et de la solidarité entre les peuples.

Il s’agit aujourd’hui d’agir, à l’échelle européenne, dans trois directions. Il faut d’abord bloquer
les projets de directives porteuses de régressions sociales (directive sur le temps de travail, directive
Bolkestein, directive de libéralisation des transports, etc.), que la Commission et les gouvernements
ont hypocritement mis de côté pendant la campagne référendaire française.

Au-delà, une réorientation des politiques européennes est à l’ordre du jour. Il faut rompre avec
la logique monétariste et néolibérale actuellement à l’oeuvre pour se tourner vers la lutte contre le
chômage et la précarité en favorisant le développement des services publics et la mise en place de
critères de convergence sociaux qui permettraient d’éviter le dumping social.

La discussion en cours sur le futur budget européen revêt dans ce cadre une importance
politique considérable si on veut rompre avec la logique de la concurrence entre les peuples et que
l’Union se dote d’instruments nécessaires pour permettre une politique de solidarité avec les
nouveaux pays entrants.

Il faut enfin engager sans attendre un processus populaire constituant à l’échelle européenne.
La construction européenne doit devenir l’affaire des peuples et sortir des négociations diplomatiques
entre gouvernements. Les peuples sont les grands exclus de cette construction, il faut qu’ils en
deviennent le centre. Les mouvements sociaux, le mouvement syndical européen, le mouvement
altermondialiste, le mouvement féministe doivent prendre ensemble l’initiative d’un vaste débat
public qui permette aux peuples d’Europe de faire entendre leur voix. Dans ce cadre, le prochain
Forum social européen, qui se tiendra à Athènes en avril 2006, peut être un moment fort dans cette
dynamique.

Il serait vain d’attendre de la Commission et des gouvernements actuels qu’ils adoptent
spontanément des orientations qu’ils ont jusqu’à présent combattues avec énergie. Rien ne se fera si
ne sont pas créés les rapports de forces nécessaires à l’échelle européenne. La victoire du non en
France est un point d’appui qui doit permettre de développer les mobilisations sociales et citoyennes
pour imposer des orientations nouvelles. C’est à cela qu’il faut maintenant s’attacher.


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Brèves

LOI TRAVAIL : motion de censure

vendredi 13 mai 2016

Une motion de censure dite citoyenne a été lancée, et Solidaires appelle à la signer massivement : http://motiondecensure.fr.

Victoire au lycée Picasso

dimanche 29 mars 2015

Le lycée Pablo Picasso d’Avion s’était fortement et unitairement mobilisé suite à l’annonce de la perte d’un demi-poste de CPE - alors que la situation du lycée rendait aberrante cette suppression décidée brutalement par le rectorat.

Les élèves et les personnels soutenu-es par l’intersyndicale CGT - SNES - SUD se sont notamment rassemblé-es devant le rectorat le jeudi 19 mars.

Un rassemblement qui avait belle allure, et rejoint par les adhérent-es de SUD éducation 59/62 réuni-es en AG sur Lille ce jour-là.

Selon nos sources, cette mobilisation est victorieuse :
le rectorat renonce à cette suppression de poste ! La lutte a payé...

Trop c’est trop !

mercredi 25 mars 2015

Le service social de l’éducation EN GRÈVE LE 2 AVRIL !(Communiqué intersyndical du 18 mars 2015)

La laïcité : un combat permanent

lundi 11 février 2013

Les écoles privées sous contrat scolarisent 18% des élèves, pourtant ces 5 dernières années l’enseignement public a supporté 96,6% des suppressions de postes contre 5% pour le privé. Le secrétaire national de l’enseignement catholique, Eric Delabarre, affirmait que l’on pourrait encore supprimer des postes, pourtant il ne propose d’en restituer aucun à l’école publique et en demande 5100 dans le calendrier pluriannuel annoncé par M. Peillon !
Le thème de la laïcité a tout simplement été oublié lors des concertations sur « la refondation de l’école », en revanche les représentants de l’enseignement catholique n’ont pas manqué d’être invités. Ainsi, l’État a, d’une part, donné priorité à un culte aux détriment des autres, et il a d’autre part ouvertement invité une église à participer à une réflexion sur l’école de la République. Pas étonnant après qu’Eric Delabarre (toujours le même) se
permette de ne pas respecter son devoir de neutralité lors du débat sur le mariage pour tous.
L’État, en assurant la rémunération des profs du privé, et les Collectivités Territoriales, en payant des forfaits pour le fonctionnement de ces écoles
(donc depuis la loi Debré de 1959 et ses multiples amendements), subventionnent donc largement l’enseignement privé sous contrat en contradiction avec la loi de 1905. Ces écoles, à la différence du
secteur public, perçoivent aussi des dons : 66% de leur montant sont un manque à gagner pour le fisc.
L’Observatoire de la Laïcité Scolaire en Haute Normandie a interrogé plusieurs mairies sur les forfaits qu’elles versent et a ainsi constaté que beaucoup subventionnent des
écoles maternelles alors qu’elles n’y sont pas obligées par la loi et que par ailleurs le montant de ces forfaits est calculé de façon erronée. Le respect
des modes de calcul peut amener à réduire de moitié les sommes versées par les CT aux établissements sous contrat ! En ces temps d’AUSTÉRITÉ,
ce n’est pas un détail.

Elections TPE 2012 : Faîtes voter Solidaires

lundi 19 novembre 2012

Entre le 28 novembre et le 10 décembre 2012, tout-e-s les salarié-e-s des entreprises de moins de 11 personnes, ainsi que les salarié-es de particuliers, voteront pour dire quel syndicat doit défendre leurs intérêts… et contribueront à déterminer, dans chaque branche et globalement, quel syndicat est représentatif.

Ils et elles ont beau être près de 5 millions, ces salarié-es n’éliront pas de délégué-e-s pouvant les représenter, les défendre, les assister face à aux employeurs, contrairement à tout-es les autres travailleurs-euses. L’Union syndicale Solidaires a demandé, en vain, que ces élections ouvrent des droits nouveaux pour les salarié-es : ni le gouvernement Sarkozy, ni le gouvernement Hollande n’ont donné suite.

L’absence d’activité syndicale dans la majorité de ces secteurs, le fait que ces élections ne donnent aucun droit aux salarié-es concerné-es, l’absence de vote physique, sont autant d’éléments qui vont conduire à un taux d’abstention important.
Le rôle de chaque syndiqué-e Solidaires est déterminant : même pour celles et ceux qui travaillent dans la fonction publique, nous avons toutes et tous des ami-es, de la famille, des voisin-es, qui travaillent dans des entreprises de moins de 11 salarié-es ou qui sont salarié-es de particulier. Du matériel de campagne (tract, affiches, flyers) est disponible dans les Solidaires locaux : cette campagne de proximité, par chaque adhérent-e, sera essentielle pour réussir cette élection.

Les capitalistes nous coûtent cher

lundi 19 novembre 2012

Vous trouverez ici un lien contenant un quatre-pages de Solidaires à diffuser au maximum.

Enquête sur la souffrance au travail

lundi 19 novembre 2012

L’Observatoire Syndical de la Souffrance au Travail organise une grande enquête sur la souffrance au travail dans le but de dresser une cartographie de la souffrance au travail principalement dans la région 59/62.

Ce questionnaire nous aidera également à mieux lutter contre les mécanismes mis en oeuvre par ces modes de management et d’exploitation des salariès et contre la détérioration des conditions de travail.
Les réponses que vous fournirez à ce questionnaires sont totalement anonymes

Répondre à ce questionnaire ne prend que quelques minutes . Merci de nous les consacrer pour nous aider dans ce combat contre la souffrance au travail.

Nous vous remercions à l’avance de votre participation.