Au Mexique, répression du mouvement social à Oaxaca (Chiapas)

samedi 2 septembre 2006

Si les médias ont parlé des élections au Mexique cet été, la situation à Oaxaca à quant a elle été bien peu relayée. Deux militants de SUD (éducation et PTT) ont pu constater sur place l’ampleur d’un mouvement de contestation, parti d’instituteurs, qui a commencé en juin. Voici un résumé de leur compte rendu de la situation à Oaxaca.

Le 22 mai dernier, les enseignant-e-s (instituteurs/trices, principalement) de l’Etat d’Oaxaca entrent en grève pour les salaires (rattrapage du pouvoir d’achat). N’obtenant pas satisfaction, ils reconduisent le mouvement. Le 14 juin, le gouverneur de l’Etat Ulises Ruiz (PRI) déclenche une brutale répression pour en finir avec la mobilisation.

Cela radicalise le mouvement, dont le principal mot d’ordre devient dès lors la destitution du gouverneur. Cette revendication trouve très rapidement un écho favorable dans la population : non seulement la brutalité envers les enseignants a choqué, mais elle venait après bien d’autres perpétrées dans l’Etat contre le mouvement social, c’est-à-dire principalement contre des organisations indiennes, communautaires ou régionales.

C’est ainsi que des centaines de milliers d’Oaxaquègnes ont occupé la rue et pris plus de 30 mairies. Près de 350 organisations, communautés indiennes, syndicats et associations civiles ont alors formé l’Assemblée Populaire du Peuple d’Oaxaca (APPO), qui se présente comme la représentation légitime du peuple souverain face au pouvoir illégitime d’Ulises Ruiz, arrivé au poste grâce à une fraude électorale.

Depuis lors, une très large part de la société ne le reconnaît plus comme gouverneur de l’Etat. Ce n’est pas avec lui ni avec ses représentants que l’APPO négocie ses revendications. Elle a entamé avec succès une campagne de désobéissance civile pacifique. C’est l’APPO qui assume de fait le contrôle politique de la ville et d’une partie au moins de l’Etat, commençant à former un embryon de « gouvernement » alternatif.
Les agressions de membres de l’APPO, en plus de l’arrestation d’autres, par des « pistoleros » dont certains ont été reconnus comme appartenant aux forces de police, se sont alors multipliées.
Les 16 et 17 août s’est tenu dans la ville un Forum national, qui a rassemblé 1500 personnes représentant environ 200 organisations de la société civile et de l’enseignement.
Ce forum s’intitulait Construire la démocratie et la gouvernabilité à Oaxaca. Y assistait l’ancien évêque de San Cristóbal de las Casas (Chiapas) Samuel Ruiz, dont la médiation entre l’EZLN et le gouvernement fédéral avait été bien utile pour parvenir aux accords de San Andrés en 1994.
Une des principales conclusions du forum est que le Mexique, plus qu’une crise électorale, traverse une crise sociale, dont les événements d’Oaxaca sont la preuve. Il a salué aussi le mouvement organisé qu’a institué l’APPO comme mécanisme pour mettre en route la transition politique que demandent les Oaxaquègnes.
Au 20 août, une chose est sûre : si Ulises Ruiz n’a toujours pas démissionné d’ici là, les enseignants n’assureront pas la rentrée en septembre. Les travailleurs de la santé, à leur tour, viennent de se déclarer en grève dans tout l’Etat...


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