Carte scolaire : faux débats et vrais problèmes

vendredi 6 octobre 2006

Voilà la carte scolaire au cœur du débat politique à travers l’affrontement médiatique Sarko/Royal. S’intéresserait-on enfin aux enjeux de l’école ? Il nous faut vite déchanter (pour peu qu’on ait eu encore quelques illusions). Il s’agit clairement d’un faux débat qui occulte soigneusement le fond des problèmes. Entre la suppression version Sarkozy et l’assouplissement selon Ségolène Royal ou encore de Robien, ce n’est finalement qu’une question de degré. On s’appuie sur un constat similaire (la carte scolaire ne fonctionne pas) pour déclarer forfait, avec quelques nuances : du fatalisme un brin hypocrite de la « gauche », au « libre choix des familles » revendiqué à droite.

Mise en place en 1963, la carte scolaire visait au départ, dans une logique de gestion des flux, à répartir les élèves et le personnel dans les établissements en fonction de leur capacité d’accueil. Ce n’est que plus tard qu’on a invoqué la volonté de favoriser la « mixité sociale ».
Les « assouplissements » ne datent cependant pas d’hier : depuis plus de 20 ans, différentes expérimentations de désectorisation ont été menées dans certaines villes ou départements, par des ministres de gauche comme de droite. Enfin, les dérogations font partie du système, profitant, comme chacun sait, aux familles les plus aisées et/ou les mieux informées, en particulier dans le milieu enseignant. Ainsi, en 2001, 10% des collégiens fréquentaient un établissement hors de leur secteur, cette proportion atteignant 15% à Paris, et presque 20% pour les enfants d’enseignants.

Ces stratégies de contournement de la carte scolaire aggravent certes le phénomène de « ghettoïsation » de certains établissements, fuis par les familles qui en ont les « moyens ». Mais la « carte scolaire » est-elle vraiment responsable de la ségrégation scolaire dans certaines villes et quartiers, qui fait écho à une ségrégation urbaine et sociale qui lui préexiste ? On peut douter que la carte scolaire ait jamais été un outil de « mixité sociale ». Plus qu’un problème d’échec de la « carte scolaire, c’est bien au départ la « ghettoisation » relative de certains quartiers qui est en jeu ; c’est bien toute une politique économique et sociale, une politique de la ville, du logement, qui ont conduit à l’appauvrissement de certains quartiers, à leur relégation sociale et spatiale (par exemple à travers les réseaux de transports en commun, les infrastructures), à leur « insécurisation ».

Faut-il pour autant crier haro sur la carte scolaire ? Il est clair que la supprimer, ou encore « l’assouplir », serait un pis-aller ; ainsi, .aux Pays-Bas, pays des « libertés », où elle n’existe pas, il existe aujourd’hui des « écoles noires » et des « écoles blanches » ! Il est alors possible de réfléchir à de nouveaux redécoupages des secteurs pour favoriser une meilleure « mixité sociale », de mieux contrôler les dérogations... mais là encore, il faut aller plus loin, et s’attaquer au fond des problèmes : mettre fin aux phénomènes de ségrégations urbaines, aux inégalités criantes, par des politiques économiques, sociales, de la ville adaptées. Dans l’immédiat, une revalorisation des établissements que fuient la plupart des familles est nécessaire, et ceci passe par une véritable augmentation des moyens en faveur des établissements concernés, dont l’opération d’esbrouffe « Ambition réussite » est très éloignée. Enfin, le débat sur la carte scolaire est aussi l’occasion de remettre en cause la place de l’enseignement privé en France financé sur les fonds publics et premier moyen pour les familles averties pour contourner la sectorisation (comment prétendre appliquer la carte scolaire, quand l’enseignement privé en permet le contournement pour près de 20% des élèves ?).

Encore une fois, changer l’école ne peut se faire sans changer la société ; se contenter de débattre techniquement de la carte scolaire, sans mettre en cause les logiques politiques plus larges qui créent la ségrégation ne peut avoir de sens. Une autre école, une autre société, notre slogan reste plus que jamais d’actualité !


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