Baisse la tête et marche au pas

vendredi 6 octobre 2006

Depuis quelques années, l’ Education Nationale est de plus en plus répressive. On pourrait citer la multiplication des conseils de discipline, l’installation de vidéo-surveillance aux abords des établissements et à l’intérieur, l’instauration de policiers référents ou, cerise sur le gâteau, la possibilité qu’un agent des forces de l’ordre tienne une permanence à l’intérieur de l’établissement.

La note de vie scolaire, parue au B.O. du 31 août 2006 malgré les vives critiques des syndicats de l’enseignement, des associations de parents d’élèves et des mouvements pédagogiques, s’inscrit dans cette spirale du tout sécuritaire. Remarquons, au passage, que ce seront les chefs d’établissement qui décideront, en dernier recours, de la note attribuée à chaque élève : un degré de plus dans le poids de la hiérarchie dans la vie des collèges. Remarquons aussi que cette note comptera autant qu’une matière pour le brevet des collèges.

Cette « nouveauté » sera inefficace et injuste. Inefficace, car elle n’agira pas sur les causes de l’agitation des élèves. Celles-ci sont à chercher d’une part dans les problèmes sociaux et la souffrance psychologique des élèves et de leur famille, d’autre part dans les échecs qu’ils rencontrent dans les apprentissages sans que nous n’ayons les moyens de leur apporter une aide réelle à la hauteur de leurs difficultés. Injuste, car on voit bien que les mauvaises notes de vie scolaire iront à ceux et celles que la société place en situation difficile et n’aide pas. Cela fonctionnera comme tous les mécanismes de punition mis en place par la société à l’encontre de ceux qu’elle rejette (*) : en l’occurrence, les enfants des familles les plus maltraitées par la politique ultralibérale. Qui plus est, cette note constituera une double peine puisque ces élèves mal notés sont déjà sanctionnés pour leur manquement au règlement intérieur ou font l’objet de signalements pour absentéisme.

Certes, il est prévu aussi que l’on tienne compte de l’investissement de l’élève dans la vie de l’établissement ou dans les activités organisées (activités à caractère humanitaire par exemple). Mais voulons-nous inciter nos élèves à pratiquer l’altruisme parce que ça rapporte des points ou souhaitons-nous les ouvrir à une vie où ils se montreront capables d’initiative désintéressée et soucieux de l’avenir de la société dans laquelle ils évoluent ?

Nous aurons à noter non plus des productions sur le terrain des apprentissages mais des attitudes, des personnes dans leur individualité. Quelle légitimité avons-nous à la faire ? En réalité, il est clair que l’on vise au formatage (selon des codes définis par qui ? en fonction des intérêts de qui ? ) et non à l’épanouissement personnel. Quelle société voulons-nous ? Quelles personnes espérons-nous y côtoyer ? Des gens dociles qui se soucient d’être conformes à la norme ou des gens capables de créativité, d’inventivité, d’esprit critique ? Cette note de vie scolaire est d’autant plus dangereuse qu’elle est à rapprocher des bases de données élèves et du projet de cahier de suivi du comportement dans le premier degré... Le flicage et la soumission « citoyenne » se généralisent ainsi d’un bout à l’autre de la chaîne éducative incluant, au passage, les enseignant-e-s (investissement hors temps de travail, heures supplémentaires prises en compte dans la notation...). Enfin, en ces temps de secret partagé (collaboration école, mairie et police notamment), nous n’avons aucune garantie quant à la récupération, à l’avenir, de cette note par les recruteurs des entreprises lorsque nos élèves chercheront du travail.

(*) suppressions des allocations familiales, condamnation morale, surveillance et harcèlement policier, prison...


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