Casse de l’école : épisode profs

mardi 7 novembre 2006

La remise en cause des décrets de 1950, l’introduction de la bivalence, etc. remettent clairement en cause le statut actuel des enseignant-e-s. Si la défense des conditions de travail est une évidence pour SUD éducation, il ne s’agit pas pour autant de s’arc-bouter sur la défense de cesdits statuts. Au contraire même, nous pensons qu’il y a là matière à réflexion (inclusion d’un temps de concertation compris dans l’emploi du temps et même refonte complète du rôle de l’enseignant-e afin qu’il soit plus en adéquation avec la réalité que vivent nos élèves). Cependant ce n’est pas un souci de meilleure prise en charge de l’enfant et de sa formation qui est à l’oeuvre mais bien une attaque en règle contre celles et ceux qui sont chargé-e-s l’assurer.

En effet, si on ajoute à ces mesures la création entre autre des assistant-e-s pédagogiques etc., on ne peut analyser ces attaques que comme une étape supplémentaire du projet de destruction du service public d’éducation défini par la loi Fillon et le rapport Thélot, eux-mêmes applications des directives européennes et mondiales visant à faire de l’École un service marchand. Aussi, au-delà de la défense catégorielle du corps enseignant, c’est bien contre ce projet de société libérale et réactionnaire qu’il nous faut nous battre en n’oubliant pas au passage les victimes des attaques précédentes (décentralisation des TOS, disparition des MI-SE et création des emplois-jeunes puis des assistant-e-s d’éducation...). Concernant le personnel enseignant on pourrait le résumer ainsi : mise au pas, flexibilité, réduction des coûts.

Les velléités de faire marcher au pas les enseignant-e-s sont évidentes quand on revient sur ’’l’affaire’’ méthode globale / méthode syllabique. Au-delà du discours réactionnaire, l’obligation d’utiliser le seul B.A-BA couplée à des sanctions disciplinaires pour celles et ceux qui s’y refusent (ou qui émettent simplement des critiques) révèle bien un autoritarisme dont les enseignant-e-s n’avaient jusqu’alors alors jamais été victimes malgré la succession des réformes. Plus loin encore, cet épisode ridicule démontre que nos ’’élites républicaines’’ veulent mettre en place un enseignement normalisé, simplifié (et au pas cadencé pour les élèves) à tout le moins pour les enfants issus des classes populaires.

Dès lors, qu’importe d’avoir des personnels enseignant une discipline qu’ils auraient choisie selon des méthodes qu’ils auraient eux-mêmes définies ? C’est au nom de ce principe qu’on a créé le remplacement à l’interne et obligé les TZR à remplacer dans n’importe quelle matière et particulièrement en documentation (ce qui est une destruction de facto du statut de prof de documentation). C’est cette même logique qui a conduit, dans le premier degré, à obliger les stagiaires à assurer le remplacement des directeurs/rices d’école lors de leur décharge. Qu’importe la formation, qu’importe que les stagiaires interviennent toujours le même jour puisque tout devrait être recalquable à l’infini. Maintenant, on invente, sans la moindre réflexion pédagogique, dans le second degré, la bivalence (voire la trivalence en lycée professionnel) pour les nouveaux/elles enseignant-e-s. On annualise et on augmente le temps de travail (remise en cause des heures de chaire dans les lycées)... Ces mesures, qui accompagnent les suppressions de postes, permettront alors aux gouvernements à venir de réduire considérablement le poids de la masse salariale tout en maintenant l’illusion d’une continuité de l’enseignement auprès des parents.

Pour clore le tout, alors qu’on met en place un corps enseignant de plus en plus soumis, de plus en plus instable au moins dans ses missions, restait à créer une main d’oeuvre précaire encore plus fragile, encore plus à même de servir de cobaye aux apprentis sorciers de l’École libérale, bien pratique aussi pour pallier la pénurie de postes. Alors donc, voilà les assistant-e-s pédagogiques (AP), ces pion-ne-s aux missions d’enseignant-e-s payé-e-s un demi SMIC mensuel. Rappelons aussi que leur recrutement est parallèle à l’éviction des contractuel-le-s ou des vacataires. Il n’y a pas de petites économies ! Et si jamais on peut faire revenir ces viré-e-s de l’Education Nationale pour moitié moins cher, on ne s’en privera pas (Cf article sur les AP et cet article).

La lutte contre la remise en cause des décrets de 1950 est bien un combat contre l’une des dernières roues du carrosse de la marchandisation de l’École. Si les profs sont dans le collimateur, c’est parce que d’autres en ont fait les frais avant eux. Pour vaincre demain, il faut se battre contre les réformes anti-sociales d’hier. Défendons les statuts de 1950 mais luttons aussi pour l’amélioration des conditions de travail de toutes et de tous. La voie du corporatisme ne peut être qu’une impasse, puisque c’est elle qui nous a conduits où nous en sommes aujourd’hui !


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