EPEP : UN DECRET QUI TRANSFORME LES ECOLES EN RESEAU D’ENTREPRISES.

mardi 16 janvier 2007

Depuis août 2004, l’article 86 de la loi de décentralisation rend possible, à titre expérimental et pour une durée de 5 ans, des regroupements d’écoles chapeautés par une superdirection et un Conseil d’Administration. Ces regroupements, ou Etablissements Publics d’Enseignement Primaire (EPEP), avaient été à l’époque très critiqués : on y sentait déjà poindre un net renforcement de la hiérarchie, assorti d’une volonté à peine déguisée de supprimer un maximum de postes sous couvert d’une « saine mutualisation » des moyens. Deux ans plus tard, les dangers restent toujours les mêmes, si ce n’est que De Robien a décidé d’imposer la création des EPEP par un décret qui accélérera les regroupements d’écoles et fera de nos établissements, déjà bien mal lotis, de véritables petites entreprises...

Officiellement, selon le décret De Robien, la création des EPEP permettra une meilleure mutualisation des moyens des écoles regroupées, et, par conséquent de jouir de plus de prestations ... Mais comment « mutualiser » ce qui n’existe pas ou plus, des personnels RASED ou spécialisés en nombre déjà insuffisant, en passant par les remplaçants inexistants ou les enseignant-e-s manquants ? Tout laisse au contraire à penser que les EPEP permettront avant tout de supprimer d’avantage de postes et de moyens, et l’on peut supposer que les calculatrices vont tourner à plein régime dans les IA : on additionne le nombre d’élèves des écoles regroupées, on divise par le nombre d’enseignant-e-s. Arrivé à 25 (estimation optimiste), on supprime, on déplace ... bref, on mutualise. On comprend mieux, de fait, que seuls deux postes seront créés en 2007-2008 dans l’académie. Le danger est d’autant plus grand que les regroupements concerneront les maternelles comme les écoles primaires. On peut donc trembler pour l’accueil déjà bien mal pourvu des tous petits, qui seront les premières victimes de cette mutualisation sauvage. A titre de comparaison, on se souviendra que la création du label Ambition Réussite, sur lesquels vont s’aligner les EPEP, n’avait pas été suivi de notables créations de postes et de moyens.

Machines à supprimer, les EPEP risquent également de s’avérer d’excellents moyens de soumettre les personnels. Ils seront en effet managés (le mot n’est pas trop fort) par un supergestionnaire, sélectionné-e par l’IA, et un Conseil d’Administration composé au moins pour moitié de représentants des municipalités, auxquels s’ajouteront les directrices-teurs des écoles regroupées, quelques enseignants, des parents d’élèves et l’IDEN. CA et superdirection géreront le budget de l’EPEP, recruteront du personnel et passeront des conventions avec différents « partenaires ». Ils chapeauteront de plus toutes les directions d’écoles, devenues simples courroies de transmission, voire petits chefs, chargées d’appliquer les décisions. C’est bien entendu ce même CA qui entérinera la structure pédagogique arrêtée par le superdirecteur et qui adoptera le Projet pédagogique de l’EPEP proposé par un Conseil Pédagogique ... qui regroupe le CA et la superdirection ! Si vous aimez les petits chefs, vous serez sans doute servi-e-s : il va de soi que cette organisation est avant tout calquée sur le management d’entreprise, avec budget autonome, et qu’il faudra se couler dans le moule imposé par un CA très largement dépendant des municipalités... Quand aux Conseils d’Ecole actuels, déjà bien peu décisionnels, tout laisse à penser qu’ils auront vécu après s’être sabordés en acceptant le regroupement d’écoles.

La manœuvre est d’autant plus dangereuse qu’accepter la création des EPEP, c’est accélérer la décentralisation de l’enseignement élémentaire. On notera à cet effet que les EPEP bénéficieront d’un budget autonome et que les CA sont composés au moins pour moitié de représentants des Municipalités. Dans ces conditions, les EPEP, leur financement, leurs moyens et leurs orientations pédagogiques, découleront en grande partie des ressources ou de la volonté très inégales des mairies. On n’ose, de plus, imaginer quels « partenaires » les CA aféodés aux mairies iront coopter : entreprises, police municipale ?...

Les mielleuses promesses de De Robien dissimulent de fait très mal le véritable projet des EPEP : faire baisser les coûts de fonctionnement du service public d’éducation en le décentralisant et en l’alignant sur le mode de fonctionnement des entreprises. En ce sens, ils constituent une régression sans précédent pour l’ensemble de la communauté éducative : renforcement et dédoublement de la hiérarchie, soumission de la liberté pédagogique des enseignant-e-s aux logiques et aux diktats des collectivités locales, précarité accrue pour complaire au budget des établissements, fermetures de postes et déplacements de personnels ... avant la décentralisation définitive sur le modèle anglo saxon ...
Pour SUD éducation, il ne saurait être question de négocier ce décret. Nous sommes loin ici, de l’alternative proposée par notre syndicat dans le Premier Degré : 3 enseignant-e-s pour 2 classes, temps de concertation sur le temps de travail, embauche massive de personnels spécialisés, médicaux ou administratifs statutaires, titularisation de tous les précaires et direction collégiale des écoles... C’est pourquoi nous engageons les enseignant-e-s du Premier Degré à refuser, dans les Conseils d’Ecole, l’instauration des EPEP et à ne pas céder aux manœuvres d’intimidation ou de séduction de leur hiérarchie.

SUD éducation appelle donc tous les personnels du Premier Degré à se mobiliser auprès de leurs collègues du Secondaire déjà en lutte contre la démolition du service public d’éducation et l’instauration de Conseils Pédagogiques dans leurs établissements. C’est tous ensemble que nous obtiendrons le retrait du décret EPEP et une véritable politique éducative, destinée à apporter à tous les élèves, de la maternelle au lycée, le même droit à l’éducation !


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