Service public d’orientation : Menaces sur les missions des COP

mardi 16 janvier 2007

Dernière trouvaille du gouvernement : On apprend par le BO n°47 (21/12/06) que désormais chaque élève de 3ème bénéficiera d’ “ un entretien d’orientation ” qui sera “ conduit par le professeur principal en associant le cas échéant, selon une répartition qui sera jugée appropriée, les conseillers d’orientation psychologues et les autres membres de l’équipe éducative (...) ”. “ Les autorités académiques apporteront aux acteurs du dispositif l’appui nécessaire pour permettre en particulier aux professeurs principaux de s’approprier une démarche d’entretien d’orientation (...)”. Des séances d’information seront organisées au niveau du bassin ou du district pour mobiliser les acteurs sur ce dispositif, “ avec l’appui des directeurs de CIO et le concours de partenaires extérieurs au système éducatif (en particulier des représentants des chambres consulaires, de CFA et de la région au titre de la formation professionnelle) ”.

Cette nouvelle disposition est à dénoncer pour au moins trois raisons : c’est, d’une part, nier complètement ce que font déjà les COP en collège en collaboration avec l’équipe éducative. C’est aussi faire porter une charge de travail supplémentaire sur les enseignants, sans compter que mener un entretien d’orientation digne de ce nom nécessite une réelle formation et beaucoup de temps. Enfin, sans remettre en cause le rôle joué par les professeurs principaux, dans le processus d’orientation des élèves du collège ils seront moins à même d’apporter une information et un conseil neutres à des élèves dont ils ont par ailleurs la charge au quotidien. Ce sont bien les élèves, qui au bout du compte, y perdent. Ce dispositif s’inscrit dans le cadre de la mission du délégué interministériel, P.Lunel, chargé d’élaborer un schéma national d’orientation et d’insertion professionnelle pour janvier 2007. Ce dernier a été nommé par le 1er ministre suite au rapport Hetzel “ de l’université à l’emploi ” remis en octobre dernier. C’est ainsi également que le dispositif d’“ orientation active ” sera mis en place, dès cette année dans certaines universités. Si l’objectif affiché est louable - “ diminuer les orientations à l’université peu préparées ou par défaut ” -, la solution proposée est loin de répondre à la problématique énoncée : “ le lycéen sera invité dès le début du 2ème trimestre à remplir un dossier qui sera examiné par l’université dans laquelle il souhaite s’inscrire. À l’issue de l’examen de ce dossier, l’université émettra un avis sur le projet d’études du lycéen ; elle pourra lui proposer une rencontre, notamment lors des journées Portes Ouvertes, afin d’envisager avec lui d’autres possibilités d’orientation plus adaptées à son profil. Il ne s’agit en aucun cas d’un processus de présélection et l’élève restera en effet libre de son choix quel que soit le conseil donné ”. Comme pour les entretiens d’orientation 3ème, la même logique est à l’œuvre : un service public d’orientation nié (alors qu’il faudrait le renforcer pour répondre aux attentes des étudiants) ; une surcharge de travail pour les personnels des universités (tant enseignants qu’administratifs) ; des jeunes qui y perdront (procédures supplémentaires, accès brouillé à l’enseignement supérieur)...
C’est, enfin, faire croire que les difficultés d’insertion, bien réelles, des jeunes ne sont qu’un problème d’orientation et ainsi présenter l’orientation scolaire comme le maillon faible de l’éducation nationale.

Il y a vraiment de quoi s’inquiéter quant à l’avenir des COP et de leurs missions quand on sait que, par ailleurs, de Robien a créé 2 groupes de travail, desquels les syndicats ont été écartés, qui pourraient avoir des incidences sur les missions des COP. En effet, un 1er groupe de travail, animé par P.F. Gachet porte sur les besoins de l’institution en matière de psychologie scolaire et vise à faire le point sur les évolutions dans ce domaine dans le 1er et le 2d degré. Le 2ème groupe de travail, animé par P. Chauvet a en charge l’information, l’orientation et l’ insertion. Leurs conclusions seront remises au Ministre en janvier qui en tirera les conclusions pour rédiger des textes en mars et devraient concerner aussi bien les missions que la formation ou le recrutement des COP.

Il n’y a pas de hasard de calendrier mais bien une conjonction des différents dossiers en cours qui avalisent la coupure entre orientation, d’un côté, et psychologie de l’autre. Les COP, aujourd’hui, constituent un personnel qualifié en psychologie, formés à l’entretien en orientation, psychologues de l’éducation (et non psychologues dans l’éducation) et qualifié également en économie et en sciences de l’éducation. Ils sont les garants d’une information neutre et objective sur les études et les métiers, au service réellement des jeunes et de leur famille, grâce à leur autonomie et leur indépendance !.... ce qui dérange à l’heure actuelle. On préférerait leur faire remplir le rôle de “ prospecteur placier ”, de “ gestionnaires de flux ”. Pourtant, l’adéquation parfaite entre aspirations des jeunes et nombre de places offertes dans un secteur n’existe pas. Les COP sont là pour aider les jeunes à construire leur projet professionnel et à élaborer leur parcours de formation au delà des ajustements conjoncturelles qui s’offrent à court terme sur le marché du travail.

Ainsi, on assiste aux mêmes menaces qu ’en 2003, à savoir : un “ saucissonage ” des missions des COP entre psychologie, orientation et insertion ; une prise en charge croissante de leur rôle par les enseignants et une restructuration des différents services chargés de l’orientation et de l’insertion au sein d’un guichet unique ou de mises en réseau gérés par les collectivités locales. La situation est même plus alarmante qu’en 2003 pour 2 raisons : d’une part, les présidents de région, opposés en 2003 à la décentralisation des COP, ont évolué sur cette question. Ayant déjà en charge la compétence en matière de formation professionnelle, ils réclament aujourd’hui, celle de l’orientation. D’autre part, les services d’orientation sont devenus une cible privilégiée des restrictions budgétaires qui touchent l’ensemble du service public d’éducation : 50 postes supprimés en 2005 ; recrutements divisés par 5 en 4 ans (de 259 en 2003 à 55 en 2006) alors que des départs massifs à la retraite (environ 300/an) sont attendus pour les années à venir ; fermeture de certains CIO ; baisse des budgets de fonctionnement, des frais de déplacements... Les conditions de travail ne cessent de se dégrader, les moyens manquent, empéchant un service public de qualité alors que parallèlement on assiste à une montée en puissance d’officines privées.

La stratégie gouvernementale est claire : c’est la disparition programmée des COP et des services d’orientation tels qu’ils existent. Il est urgent de réagir !!! Il n’est pas question ici d’une défense corporatiste des COP mais de celle de l’existence d’un service public d’orientation digne de ce nom et plus largement d’une résistance face au désengagement progressif de l’Etat de ses missions de service public. En effet, après la décentralisation des TOS, il s’agit d’ “ éliminer ” une à une toutes les catégories de personnels non enseignants du ministère de l’éducation nationale et de faire porter toujours plus de charge de travail sur les enseignants. Cette nécessaire mobilisation s’inscrit bel et bien dans celle de la défense du service des enseignants et plus largement dans la défense des services publics


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