Base de données élèves/écoles : ne prenons pas de mauvaises habitudes !

mardi 13 février 2007

Il ne faut pas se fier aux apparences. Le luxe et l’innocence affichée de la brochure destinée aux zones pilotes qui vont expérimenter la Base de Données Ecoles dans notre académie dissimule un système de gestion des élèves et des personnels aux répercussions particulièrement inquiétantes.

Base Ecole est en réalité un système de saisie et de gestion informatique de données sur les écoles et leurs élèves transmissible par Internet aux IEN et aux IA. Elle n’a strictement rien à voir avec les logiciels de gestion utilisés actuellement par les directrices ou les directeurs pour collecter et enregistrer les renseignements courants sur leurs élèves (nom, adresse, téléphone, âge, etc.). Sa logique est différente. Son utilisation l’est tout autant.

Rappelons tout d’abord que, jusqu’ici, les éléments recueillis par les écoles restaient sagement confinés dans l’ordinateur de l’établissement. Avec Base Ecole, il en va tout autrement, puisque ces données sont directement transmissibles via Internet aux IEN et aux IA. Certes, ces dernières disposaient déjà de ces renseignements. Mais avec Base Ecole, elles auront désormais accès tout au long de l’année à une pléthore d’informations sur les élèves et leurs écoles : effectifs en temps réel, projets d’école au jour le jour, utilisation des locaux, emplois du temps des personnels, etc. On imagine sans mal l’utilisation qui en sera faite par une administration avide de faire des économies, de remettre ses salarié-e-s au pas et de jouer la carte du tout répressif : image instantanée des écoles où l’on peut sabrer ou déplacer des postes, surveillance accrue des personnels et des projets, affectation des locaux à d’autres usages par la municipalité, « traçabilité » des élèves et de leurs « incidents » de parcours...

Le caractère par ailleurs quasi obligatoire de Base Ecole, censée remplacer tous les logiciels de gestion actuels ou les conformer à son fonctionnement, est loin d’être rassurant. S’il s’agissait seulement de faciliter la tâche des écoles, comme le proclame la brochure, on peut se demander pourquoi les anciens logiciels, tout aussi performants, devraient disparaître.

Les brochures et les réunions dans les circonscriptions censées appliquer Base Ecole présentent ce logiciel sous un jour très favorable : facilité d’emploi, lisibilité, harmonisation des transmissions et caution de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL). C’est tentant. Ce serait cependant oublier que Base Ecole traîne dans son sillage une réputation sulfureuse : obligation de valider les champs « nationalité » des élèves ou de remplir scrupuleusement tout ce qui concerne le suivi RASED de tel ou tel enfant ainsi que les interventions d’organismes extérieurs à l’école... En ces temps de chasse aux enfants de Sans-Papiers et de flicage systématique des élèves dès la maternelle, ces obligations font froid dans le dos... Ce serait oublier également que Base Ecole entretient des rapports très étroits avec les municipalités (possibilité de transmission de données) et que personne ne sait exactement ce que deviendront les renseignements détenus par les administrations... ni même comment ils pourraient être utilisés par d’autres services disposant d’informations confidentielles sur les enfants (interventions de travailleurs sociaux, Rased...).

Certes, dans notre académie, les champs très décriés tels que « nationalité » ou « suivi » n’apparaissent pas. Cela ne garantit pas pour autant qu’ils ne figureront pas dans la Base Ecole lors de sa généralisation ou sa mise en application effective dans les zones pilotes. Qu’il soit possible de ne pas transmettre les renseignements dans l’état actuel des choses ne doit pas rassurer : n’oublions pas que l’administration sanctionne actuellement très durement les directrices-teurs qui continuent d’observer la grève administrative et n’ont pas fait remonter la fameuse Enquête 19.

SUD éducation Nord-Pas de Calais invite donc les personnels appelés à utiliser Base Ecole à la plus extrême prudence. Pour notre Syndicat, Base Ecole, même sous sa forme la plus édulcorée, distille une dangereuse habitude : celle du fichage systématique des élèves ou des personnels et la transmission des données recueillies à des administrations aux desseins peu avouables. Nous rappelons par ailleurs que partout où Base Ecole est utilisée ou expérimentée les champs « nationalité » ou « suivi » sont à remplir. SUD éducation exige par conséquent le retrait de ce logiciel très critiqué.

Nous appelons donc les Conseils d’Ecole à prévenir les parents que leurs enfants seront fichés et les données recueillies transmises sur Internet. En tout état de cause, nous invitons les personnels concernés à indiquer systématiquement « française » dans le champ « nationalité » et à diffuser le moins possible d’informations personnelles sur leurs élèves afin de montrer leur opposition au flicage généralisé.

Ne prenons pas de mauvaises habitudes : exigeons le retrait de Base Ecole, refusons de ficher nos élèves !


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