Assistants d’éducation : les « privilégiés » de l’éducation nationale ?

mardi 3 avril 2007

On se disait bien aussi, les assistants d’éducation au lycée H étaient des « privilégiés » : ils bénéficiaient, grâce à un vote du CA, des mêmes droits, concernant les jours de révision pour examen, que les MI-SE (soit 4 jours de révision non récupérables par session). Trop c’est trop ! Le proviseur ne supporte plus cette « injustice » : quoi les AE de H. auraient plus de droits que d’autres ! C’est insupportable ! Il demande donc que l’on revoit à la baisse ces droits, pour « s’aligner sur le statut réglementaire des AE ». Cela signifie supprimer ces jours de révision, pour des personnels recrutés parmi les étudiants se destinant à l’enseignement. La direction tente de séduire les parents et les élèves, et une partie des représentants des personnels (dont une partie se soumet au bon vouloir du chef d’établissement), par des arguments pragmatiques. Avec ces jours de congés pour révision, le lycée ne fonctionnerait plus durant les périodes d’examen, il en va donc de la sécurité de nos élèves. Pourtant, preuve à l’appui, l’équipe des AE du lycée montre qu’en réorganisant les services sur ces périodes particulières, il n’y a pas de problème. Au final, ce soit-disant « privilège », qui n’est qu’un des droits les plus élémentaires de salariés en grande majorité étudiants, est maintenu, après un vote plutôt serré.

Est-ce à dire qu’on mène la belle vie quand on est assistant d’éducation à H. ? Au dire de l’équipe de direction et de certains collègues de l’équipe éducative, on croirait que oui. Mais le discours des principaux concernés est radicalement différent.
Quand on est AE au lycée H., on est le plus souvent transparent : le proviseur daigne rarement adresser un « bonjour », et encore plus rarement serrer la main. On est systématiquement tutoyé par la direction (qui ne tutoie pas les autres personnels), et par la plupart des collègues enseignants (ce qui est pour certains une marque de familiarité et de reconnaissance de l’égalité des relations, mais clairement pour d’autres une volonté de marquer la différence de statut). En clair, « on n’est pas considéré comme des collègues à part entière », « mais plutôt comme des élèves ». Constamment infantilisés, les AE sont toujours suspectés de « ne rien faire ». « Quand on fait une pause en salle des profs, on n’ose même pas s’asseoir... Pourtant, on en a le droit aussi ! L’autre jour, je prenais un café à la machine à café, un prof me dit « ben dis donc, c’est quoi ces 10 minutes de pause ? ». D’ailleurs, en salle des profs, on y va un par un, deux maximum, plus on n’ose pas ».

Pourtant, dans le même temps, les AE sont sollicités en permanence, sur des tâches multiples, et se voient constamment reprocher de ne pas être là où on les attend. Evidemment quand on est jeune et précaire, on doit être plein d’énergie et avoir le don d’ubiquité. Du fait du flou de leur mission, les AE accomplissent des tâches à géométrie variable : tenir la permanence du bureau des surveillants pour accueillir les élèves, « rentrer les absences » dans les ordinateurs, surveiller les entrées et sorties, les flux d’entrée de cantine, le réfectoire, les couloirs à toutes les heures, tenir des permanences surveillés, courir dans les salles pour recueillir les bulletins d’absences de la première heure de cours, courir dans d’autres salles pour transmettre des convocations aux élèves, parfois répondre au desiderata de certains personnels (par exemple, démonter une expo...), mettre sous enveloppe les bulletins et autres tâches administratives. A ces tâches s’en est rajoutée une dernière : la surveillance de DS de terminale, mise en place depuis deux ans sur des plages horaires sans prof (auparavant, c’était des profs sur leur temps de service qui les surveillaient). Il y a de quoi faire...

Il y a donc un planning qui répartit les tâches en fonction des heures. « Mais il suffit que l’on ne soit pas là où on devrait être (sur le planning), et on nous dit qu’on a « déserté notre poste » ! Ce qui veut dire que si un élève en difficulté vient nous voir, on ne peut pas s’occuper de lui, sous prétexte qu’on doit être ailleurs ? ». De plus, en étant trop proche des élèves, on est suspecté d’être « ami-ami » avec eux, ce que défend formellement le proviseur. On doit ainsi en permanence répondre à des injonctions contradictoires : s’occuper des élèves sans être trop proches d’eux, être ici mais également là-bas, surveiller les couloirs tout en faisant autre chose (car aux yeux de certains profs, « quand on est dans les couloirs, ils ont l’impression qu’on ne fait rien »), faire preuve d’autorité sans forcément en avoir les moyens.

Et c’est sans doute le plus dur à vivre : constamment, les AE sont accusés de mal faire leur boulot. « C’est bien simple, dès qu’il y a quelque chose qui ne va pas à H., c’est la faute des surveillants ». En effet, la suspicion est toujours là, le moindre dysfonctionnement est considéré comme un manque de travail ou de compétence des AE. Dans un système où tout le monde est sous pression, on la fait redescendre jusqu’à l’échelon inférieur, et là surprise, qui se trouve aujourd’hui tout en bas : les AE, en général jeunes, et surtout sans protection de statut !
Mais pourquoi se plaindre ! Avoir un emploi dans l’Education Nationale quand on est étudiant, c’est déjà un privilège ! Mais attention, le contrat n’est que d’un an, toute revendication peut être dangereuse, alors chut, acceptons...

NON ! Les assistants d’éducation, comme tous les salariés de l’Education Nationale, ont le droit de revendiquer des conditions de travail dignes et une considération de leur travail. Nous demandons même plus : le retour des MI-SE et la titularisation de tous les précaires de l’Education Nationale.


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