Rencontres « Ecole-Entreprise » : la propagande libérale à l’Ecole

mardi 3 avril 2007

L’Ecole républicaine du début du 20ème siècle formait les esprits au nationalisme exacerbé afin de faire de sa jeunesse de la chair à canon docile. L’Ecole du 21ème siècle devra les former à être de dociles agents de la mondialisation condamnés à la précarité à perpétuité. La « culture d’entreprise » devra s’imposer partout, en commençant par l’Ecole, comme le préconise le Medef. Tel est le but avoué du rapprochement entre le ministère de l’Education Nationale et le Medef à travers les rencontres « Ecole-Entreprise ».
Lénifiant, le discours et les justifications sont toujours les mêmes : les jeunes connaissent mal le monde de l’entreprise et sont mal orientés. C’est en grande partie à cause de notre système éducatif, inadapté à la mondialisation et aux réticences de ses acteurs, les profs. Ceux-ci sont toujours prompts à voir le mal là où les intentions ne sont qu’angéliques. Les conseillers d’orientation-psychologues, quant à eux, sont inutiles, mal formés, et remplaçables par les profs.

L’institutionnalisation de ces rencontres « Ecole-Entreprise » a commencé en 2000. Le credo est le suivant :« diffuser l’esprit d’entreprendre ». Annoncé à Lyon le 1er décembre 2003 par Xavier Darcos, alors ministre délégué à l’enseignement secondaire, l’accord de partenariat entre le MEDEF et l’Education nationale devient officiel le 19 juillet 2004. Ernest-Antoine SEILLIERE et François FILLON ont en effet signé un texte institutionnalisant la Semaine Ecole Entreprise. Cette initiative conjointe a été pérennisée par un accord-cadre signé en 2004. Il institue un comité national de pilotage qui réunit le MEDEF, l’Education nationale, le Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise (CJD) et l’Association Jeunesse et Entreprises (AJE).
L’objectif de ces rencontres est clair : dresser les esprits à l’acceptation passive de la mondialisation libérale et de ses effets(1).
Voici comment peuvent se formuler les conséquences de ce processus :
- Aligner les contenus d’enseignement et de formations professionnelles sur les besoins des entreprises locales(2).
- Imposer la culture d’entreprise et cacher les multiples aliénations du travail derrière une philosophie de bazar qui affirme que « l’entreprise c’est la vie » et que la concurrence libre et non faussée (la dérégulation du travail, la précarité et les soldes des services publics) ne peut se faire qu’à l’avantage de tous.
- Ce qui passe par une campagne de propagande sur les bienfaits de ce système et des ces initiatives auprès des professeurs, qui, fait alarmant, s’en laissent de plus en plus compter(3).
- Préparer les futurs travailleurs à la flexibilité(4) et à la soumission en limitant le rôle de formation culturelle de l’Ecole (socle commun, stages en entreprise, les dispositifs d’alternance au collège et la mise en place progressive de l’option découverte professionnelle de 3 heures et découverte professionnelle de 6 heures en 3ème au détriment des autres enseignements).
- Pour l’éducation nationale, dégraisser en virant les COP et en transférant leurs missions aux professeurs sans rémunération supplémentaire (les mesures citées au point précédant « vont permettre de relancer l’éducation à l’orientation, et vont nécessiter de nouvelles compétences de la part des enseignants », site du Medef Nord/Pas-de-Calais).
- Favoriser les sponsoring privé d’établissement pour désengager l’Etat et baisser les dépenses publiques (directive européenne, l’ouverture des capitaux des écoles publiques aux firmes privées est déjà légale au Royaume-Uni)
- Pour les entreprises, la possibilité de s’offrir des campagnes de publicité à peu de frais dans les établissements scolaires et ainsi de développer toujours davantage l’esprit consumériste chez les élèves.

On voit bien que tout cela n’est qu’un cadeau supplémentaire de l’Etat aux patrons, ce qui explique l’intérêt et les importants investissements du Medef dans les opérations Ecole-Entreprise.

Enfin, le Medef estime que « l’approche de l’entreprise par le biais de ces rencontres est une très bonne occasion pour leur [les élèves] donner une idée de ce que pourrait être leur futur. »
Quel futur ? Celui des salariés licenciés toutes les semaines ?
Pour toutes ces raisons, SUD éducation appelle tous les membres de la communauté éducative à dénoncer systématiquement ces opérations de marketing patronal visant à imposer une vision du monde et une seule situation pour les travailleurs : la précarité pour tous !
Résistons dans nos établissements, organisons des comités d’accueil pour leurs émissaires ; mobilisions-nous dès maintenant, les marchands n’ont rien à faire dans nos écoles !

(1) : « Les échanges de biens, de marchandises et de services sont aujourd’hui planétaires. Les savoirs se diffusent plus vite. L’école change. Dans une conjoncture économique difficile, au moment où se produit un renversement démographique, nous avons besoin, plus que jamais, de promouvoir l’esprit d’entreprise et d’unir nos efforts pour aider les élèves dans leur choix d’orientation », http://www.medef.fr/staging/medias/upload/83243_FICHIER.pdf

(2) : De plus, il s’agit, pour les professeurs, toujours selon le Medef, de « développer une interactivité avec le monde de l’entreprise, s’adapter aux nouvelles technologies utilisées en entreprise, aider à l’orientation des élèves, faciliter aux élèves l’accès à l’entreprise dans le cadre du module de découverte professionnelle en classe de 3e, valoriser l’esprit d’entreprendre par le travail en équipe et le développement de projets, concevoir avec les acteurs du monde professionnel des outils pédagogiques communs.

(3) : Vertu d’un cours sur l’entreprise en histoire géographie : les élèves « ont réalisé également, pour ceux qui ne connaissaient pas cet univers, qu’au-delà des produits finis il y avait des hommes et des femmes qui chaque jour doivent relever de nouveaux défis pour s’adapter aux évolutions technologiques et rester dans la course. » Cécile, professeure d’histoire et géographie, Rouen, http://www.medef.fr/staging/medias/upload/83243_FICHIER.pdf

(4) : « Aujourd’hui, on n’exerce plus forcément le même métier toute sa vie, et l’on peut changer d’entreprise plusieurs fois au cours de sa carrière. Cette mobilité professionnelle, liée aux évolutions constantes de la société, est même devenue l’une des composantes essentielles de toute évolution de carrière ». Malette numérique à destination des enseignants et des élèves, http://www.medef.fr/staging/medias/upload/83243_FICHIER.pdf


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