Orientation et enseignement supérieur

par la commission fédérale orientation
dimanche 1er juillet 2007

L’orientation est bien souvent considérée comme le point faible de l’enseignement supérieur, et en particulier de l’université, par un grand nombre d’observateurs et de décideurs. A leurs yeux, le taux d’échec élevé dans les premières années après le bac, l’engorgement de certaines filières et les difficultés d’insertion professionnelle des diplômés (et en corollaire, le chômage important des jeunes) trouvent leur cause principale dans une déficience chronique de l’orientation. Pierre Lunel, délégué interministériel à l’orientation, dans un rapport remis récemment au gouvernement Villepin (« Schéma national de l’orientation et de l’insertion professionnelle. Pour un nouveau pacte avec la jeunesse ») pousse loin le bouchon lorsqu’il écrit dans son introduction : « Nous n’avons pas trop d’étudiants, mais trop d’étudiants mal orientés. » Pour SUD éducation, si la situation actuelle dans l’enseignement supérieur n’est effectivement pas brillante (loin de là même) et si le chômage des jeunes (diplômés ou pas) est un vraie calamité, il faut en chercher les explications réelles bien ailleurs que dans la seule question de l’orientation. Marché du travail confiné (libéralisme, délocalisation, politique salariale...), précarisation de l’emploi des jeunes (le CPE n’est pas passé, mais les contrats aidés à durée très limitée et à salaire très minime sont aussi bien souvent la seule perspective d’insertion professionnelle des jeunes diplômés), baisse importante des recrutements dans les niveaux de qualification « intermédiaires » (les prospectives en terme d’emploi montrent pour les années à venir des besoins importants à haut et à bas niveau de qualification), sont pour SUD éducation les causes premières du problème de l’insertion des jeunes. Encore une fois, il est nécessaire de rappeler que le problème du chômage n’est pas dû à un problème de formation. « De même que ce n’est pas le fait de partir à la cueillette des champignons qui les fait pousser, ce n’est pas le fait d’étudier qui crée des emplois qualifiés (...) », écrivait ainsi l’économiste Laurent Cordonnier dans Le Monde Diplomatique de décembre 2006.

Une erreur flagrante de diagnostic, et des réponses inadaptées

Aujourd’hui, les différents rapports qui tombent sur la question de l’enseignement supérieur ignorent dans leurs états des lieux et donc dans leurs recommandations de réels problèmes auxquels sont confrontés les étudiants :

- Quid de l’accès à l’enseignement supérieur qui reste financièrement difficile pour les jeunes de milieux sociaux "défavorisés" (bourses insuffisantes, problèmes de logement, frais d’inscription en augmentation régulière, développement du secteur privé, suppression des postes de MI-SE et création d’emplois précaires dans l’éducation nationale pour les étudiants nettement moins avantageux...) ?

- Quid d’un enseignement supérieur à plusieurs vitesses (classes prépa, grandes écoles, universités, écoles spécialisées...) où les différentes filières sont bien souvent en concurrence plutôt qu’en complémentarité ?

- Quid de l’université, seule voie d’étude avec accès non sélectif après le bac, où les conditions d’enseignement sont moins bonnes que dans les autres voies d’études du supérieur (moyens et encadrements significativement inférieurs...) ?

- Quid de la sélection qui existe à tous les niveaux mais qui oublie les "recalés" ?

- Quelles portes de sortie honorables pour les étudiants qui ont tenté sans succès des études supérieures sélectives (médecine par exemple), qui ont souhaité tester leurs possibilités dans telle ou telle disciplines, qui se sont engagés en connaissance de cause et ont réussi dans des études longues mais échoués dans les concours de sortie (STAPS)... ?

- Quelles solutions pour les bacheliers technologiques qui ne sont pas admis en STS ou en IUT et pour les bacheliers professionnels qui souhaitent poursuivre ?

- Quid de la hiérarchie professionnelle qui reste marquée par un grand décalage entre de prestige, revenus, conditions de travail selon les niveaux de qualification ?...

Le rapport Lunel n’échappe pas à cet aveuglement et évacue allègrement les dysfonctionnements structurels de l’enseignement supérieur. Les mesures « poudre aux yeux » préconisées le démontrent. « L’ Orientation active à l’université » [1] qui a déjà été mise en place en est certainement l’exemple phare. L’objectif affiché est peut-être louable (« diminuer les orientations à l’université peu préparées ou par défaut ») mais la solution proposée est loin de répondre à la problématique énoncée. Comme au niveau du collège avec les entretiens d’orientation 3ème , c’est toujours la même logique qui est à l’œuvre : Un service public d’orientation décrié (alors que sa mort est programmée [2]), un transfert de la mission d’orientation avec augmentation de la charge de travail vers les enseignants et personnels administratifs, des jeunes qui s’y perdent et qui y perdent.

Non à "l’orientation active à l’université"

Il est désormais demandé aux enseignants-chercheurs de prendre en charge l’orientation des élèves de terminale afin d’éviter l’échec universitaire. Si on ne peut que souhaiter voir les nouveaux étudiants bien conseillés en matière d’orientation, "l’orientation active à l’université" est un leurre. Cette nouveauté signifie :

- pour les enseignants-chercheurs : de nouvelles tâches, toujours plus éloignées de leurs missions statutaires et pour lesquelles ils ne sont pas formés, mais qui permettent de faire l’économie de postes de fonctionnaires (COP). Pratiquer le conseil en orientation nécessite du temps de préparation et du temps d’entretien. Avec toute la bonne volonté possible, où les enseignants-chercheurs iront trouver ce temps ? Cela doit-il se faire au détriment de l’enseignement et de la recherche ? Accepter cette tâche qui constitue une activité à part entière c’est discréditer la mission de conseil en orientation en donnant l’impression qu’elle ne nécessite aucune formation particulière, et c’est, à court terme, contribuer à la menace qui pèse sur le statut d’enseignant-chercheur (plusieurs rapports préconisent l’individualisation, la contractualisation des services et leur allongement).

- Pour les lycéens et étudiants : le refus de mettre à leur service un vrai service public d’orientation. Aujourd’hui, on ne donne pas aux COP les moyens de faire correctement leur travail et on répète à l’envi qu’ils sont un peu "largués", qu’ils ne sont pas très au courant de ce qui se fait à l’université, ni des débouchés des diverses filières... Mais les enseignants-chercheurs sont-ils plus capables de conseiller l’élève de terminale et l’étudiant ? Qui est le mieux à même de proposer une vision globale des voies d’études supérieures, des informations précises sur les lieux et les conditions de telles ou telles études, de donner un conseil véritablement objectif compte-tenu de la situation et des projets du demandeur ? L’orientation c’est un métier à part entière où il n’est pas question d’être à la fois juge et partie. Les enseignants-chercheurs, en toute bonne foi, risquent de privilégier leurs formations et dans certains cas induire en erreur les étudiants.
Oui au renforcement du service public d’orientation et à son développement dans l’enseignement supérieur

Pour SUD éducation, l’orientation scolaire ne peut se limiter à une information prise en charge par les enseignants. Elle ne doit pas non plus être intégrée aux maisons de l’Emploi ou devenir une annexe de la psychologie scolaire. Ni psychologue réduit à de la remédiation scolaire, ni orienteur chargé de faire du placement professionnel, les COP avec leurs missions actuelles ont toute leur place dans le service public d’éducation. Gages d’un système éducatif démocratique que chacun peut s’approprier, l’ONISEP, les CIO et les personnels qui y travaillent doivent être préservés et même renforcés. L’enseignement supérieur est bien entendu concerné. L’efficacité du service public d’orientation en direction des étudiants passe d’abord par de véritables moyens de fonctionnement dans l’enseignement secondaire, et ensuite par une politique ambitieuse de recrutement pour les universités et autres voies d’études post bac.
C’est pourquoi SUD éducation revendique :

Pour l’ONISEP : Des moyens de fonctionnement qui garantissent l’indépendance de son activité et une diffusion systématique de ses productions (un office central avec une rédaction autonome, des délégations régionales avec des points de diffusion accessibles).

Pour les CIO : Le maintien d’un réseau de CIO, structures de services publics autonomes de l’Education Nationale, sur tout le territoire (au moins les 560 existants) avec des moyens de fonctionnement permettant l’accueil du public dans les meilleures conditions.

Pour les COP : Des recrutements permettant d’intervenir dans l’enseignement supérieur et d’atteindre dans les 5 ans à venir le ratio 1 COP pour 500 élèves du second degré. Ce qui veut dire au moins le doublement du corps actuel (de 4 500 COP à 10 000).

Commission orientation de la Fédération des syndicats Sud Education


[1] Les élèves de terminales sont invités à remplir dès le début du deuxième trimestre de l’année scolaire un dossier qui sera examiné par l’université dans laquelle ils souhaitent s’inscrire. A l’issue de l’examen de ce dossier, l’université émet un avis sur le projet d’études du lycéen et peut lui proposer une rencontre notamment lors des journées portes ouvertes afin d’envisager avec lui d’autres possibilités d’orientation plus adaptées à son profil. Mais au final, il ne s’agit en aucun cas d’un processus de présélection ! Le lycéen reste en effet libre de son choix quelque soit le conseil donné.

[2] Dégradation des conditions d’accueil et de travail dans les CIO (centre d’information et d’orientation), ONISEP (office national d’information sur les enseignements et les professions) en voie de privatisation et corps des COP (conseiller d’orientation psychologue) à l’abandon (recrutement divisé par cinq depuis 2003 !)


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(communiqué SUD éducation, 27 mai 2016).