LA POLICE FAIT PEUR AUX SANS PAPIERS ET LE CHIFFRE TUE

mardi 2 octobre 2007

La police fait peur. Le problème, c’est qu’elle fait moins peur aux trafiquants de drogue et agresseurs de vieilles dames qu’aux hommes et femmes dont le seul crime est d’être sans papiers.

Dès son installation dans le ministère de « l’immigration et de l’identité nationale , Hortefeux le dit : il " agira dans son ministère sans état d’âme, aucun »

Et de lancer la consigne : faire du chiffre, procéder en 2007 à 125 000 interpellations pour parvenir à 25 000 expulsions. Les préfets - docilité oblige - n’ont pas attendu longtemps pour mettre en application les consignes de Brice Hortefeux demandant des résultats. La course aux chiffres s’est brusquement accélérée au début du mois d’août quand « l’éloignement des étrangers en situation irrégulière » a été désignée comme un « objectif prioritaire de l’action gouvernementale ».

Les honteuses rafles au faciès (pudiquement couvertes du terme d’ « extranéité »), qui renvoient à des souvenirs non moins honteux, se multiplient :

- au domicile - à l’heure du laitier, on casse la porte, on menotte les parents devant les gamins traumatisés - au travail, devant les foyers d’hébergement, dans les gares, voire aux urgences des hôpitaux.

- Les centres de rétention administrative - « ces horreurs de la République » les qualifiait le rapport Mermaz en 2001 - font le plein, les automutilations et tentatives de suicide y sont fréquentes.

- Les expulsions d’une grande brutalité, physique et psychologique, sont incessantes, des familles sont séparées.

L’été a été celui des défenestrations.

Début août, un Congolais saute par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel de police de Lyon. Mi-août, à Amiens, un enfant tchétchène de 12 ans, Ivan, saute par la fenêtre de pour fuir la police. Il est toujours en convalescence au CHU d’Amiens. Le 31 août, à Toulouse, Tarek, un Tunisien de 24 ans en situation irrégulière saute du quatrième étage. Le 12 septembre, c’est un jeune Tunisien qui passe par la fenêtre du quatrième étage à Péage-en-Roussillon, en Isère. Le 20 septembre, Chunlan LIU, terrorisée en voyant arriver les policiers, se défenestre dans le Xe arrondissement de Paris. Elle meurt des suites de ses blessures vendredi 21septembre à l’hôpital Georges-Pompidou. L’issue fatale de ce drame est soigneusement cachée pendant plus de deux jours : le gouvernement se sentirait-il enfin responsable après cette cinquième défenestration ?... Le chiffre tue.

Les tribunaux sont engorgés... des policiers, des juges, des avocats dénoncent la pression instaurée par le ministère de l’immigration pour atteindre ses objectifs en matière d’expulsion.

Des fonctionnaires aussi, à quelque étape que ce soit de la machine à expulser, (tribunaux, préfecture, police...) expriment leur opposition au sale boulot qu’on leur fait faire : Pour ces femmes et ces hommes, individuellement ou par la voix de leurs organisations syndicales, « faire leur métier, obéir aux ordres » posent aujourd’hui des problèmes de conscience.

Plusieurs syndicats d’Air France se sont insurgés contre l’utilisation des avions du groupe pour les expulsions, et, le 11 juillet, manifestaient avec les militants de RESF devant les portes de l’assemblée générale des actionnaires de l’entreprise.

Les inspecteurs du travail refusent d’ être les supplétifs de la police et de dénoncer les travailleurs clandestins en même temps que leurs employeurs.

Aux préfets qui dénoncent les opérations de "parrainage" et diverses autres décisions de soutien en faveur d’étrangers en situation irrégulière, des maires annoncent dans une lettre ouverte au ministre de l’Immigration qu’ils continueront de protéger les étrangers sans papiers et ne céderont pas aux menaces de poursuites : "Votre vision obsessionnelle du chiffre en matière de politique d’immigration est d’autant plus condamnable que ce sont des êtres humains qui sont en jeu".

Malaise dans la police :

Selon Francis Masanet, secrétaire général adjoint du syndicat de policiers UNSA, "le gouvernement, nous en sommes certains, prépare pour la rentrée des opérations spectaculaires, ciblées et ... médiatiques." ... "le climat dans lequel s’effectuent ces opérations finit par peser lourdement sur le moral des troupes... Les centres de rétention surchargés, dans lesquels se multiplient conflits et drames, l’intervention des associations, les difficultés liées a l’embarquement des récalcitrants ... tout cela suscite des doutes parmi les policiers sur le bien-fondé de ces méthodes...."

Selon Nicolas Comte, le secrétaire général du SGP-FO, "nous avons l’impression que notre mission s’apparente à un travail d’abattage.... Nous n’avons plus le temps de nous attaquer aux employeurs mafieux, aux réseaux... Il y a de plus en plus de tensions lors des interpellations. On est parfois, c’est vrai, à la limite des règles de procédure [...] Et pourquoi cet objectif de 25 000 expulsions ? [...] Le malaise des policiers face à ces objectifs chiffrés se ressent à tous les niveaux. Les collègues en parlent beaucoup. On a l’impression de travailler dans le vide, de ne pas donner une bonne image de la police. Ce n’est jamais drôle d’interpeller quelqu’un chez lui à six heures du matin. Mais quand il s’agit d’étrangers au milieu de leurs enfants, dont le seul délit est de demeurer dans l’illégalité pour faire vivre leur famille, c’est très difficile."

Aujourd’hui, renforcée par la multiplication des situations dramatiques, notre détermination, au sein de RESF, reste entière.
Les citoyens, révoltés par la chasse aux sans papiers, sont de plus en plus nombreux à chercher à les protéger. Quand les lois sont illégitimes, le devoir de désobéissance s’impose : 132 000 personnes ont signé la pétition "Nous les prenons sous notre protection" dans laquelle les signataires affirment "Nous ne laisserons pas commettre ces infamies en notre nom. Chacun avec les moyens qui sont les nôtres, nous leur apporterons notre soutien, notre parrainage, notre protection. S’ils nous demandent asile, nous ne leur fermerons pas notre porte, nous les hébergerons et les nourrirons ; nous ne les dénoncerons pas à la police."

Depuis des années, au plus haut degré de l’Etat, les autorités ont réinstallé l’émigré (pauvre et extracommunautaire) en position de bouc émissaire : négation du droit de vivre en famille, tests médicaux détournés à l’usage exclusif des migrants (ADN, examens osseux...), fichiers classant les personnes selon l’origine ethnique, droit d’asile laminé, quotas d’expulsion... Ces pratiques faites au nom du peuple français sont indignes. Prétendant résoudre le soi-disant « problème de l’immigration », cette politique n’a pour résultat que de répandre la terreur chez les migrants, de les pousser à des actes désespérés et de susciter la consternation et la honte dans la population.

Tragiques conséquences de cette politique : Ivan est toujours dans un état très grave, Chulan Zhang Liu est morte. C’est une injustice fondamentale.

L’opposition aux expulsions est criminalisée :

Florimond Guimard, instituteur à Marseille, est traduit devant la justice après des manifestations pour empêcher l’expulsion d’un père d’élève.

François Auguste, élu, vice-président du Conseil Régional du Rhône, blessé par la police, est poursuivi pour s’être insurgé dans l’avion lors de l’expulsion de la famille Raba.

Kadidja, Mme Durupt et bien d’autres, n’acceptant pas de voyager dans un « fourgon cellulaire », sont poursuivis pour « entrave à la circulation des aéronefs ». Parfois relaxés en première instance, ils peuvent connaître l’acharnement d’un appel.


Commentaires

Agenda

<<

2018

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2930311234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293012
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

2012 : année des records pour les expulsions, et ça continue...

lundi 28 janvier 2013

Le ministère de l’Intérieur a publié son palmarès 2012 : 36 822 personnes, hommes, femmes, enfants expulsés contre 32 912 en 2011 (+ 11,9 %).

On ne peut que ressentir de la honte à l’énoncé de tels chiffres, des dizaines de milliers d’existences brisées, des gens chassés, humiliés, spoliés, des familles écartelées entre les continents. L’Amicale de Maliens expulsés (AME) assure que les expulsés « finissent mendiants, fous ou suicidés ». Bravo à tous ceux qui organisent et prêtent la main à une si belle mission.

Outre l’invraisemblable collection de drames que représentent ces chiffres, ils aboutissent, de fait, à valider la politique antérieure dont chacun sait qu’elle n’avait aucune incidence sur les flux migratoires, mais tout à voir avec les calculs électoraux. Si pourtant le gouvernement de gauche fait, un peu plus, un peu moins, ce que faisait celui de droite, c’est que Sarkozy avait raison. Une façon irresponsable de préparer le retour au pouvoir de la droite, version pain au chocolat.

Dès lors, la question est de savoir ce que vont choisir les militants du parti socialiste, ses élus et nombre de ses responsables qui, des années durant, ont manifesté contre les mesures Sarkozy, ont accompagné les sans papiers, les ont protégés, parrainés.

Il est des questions qui mettent en jeu les principes. Nous y sommes. Se taire serait participer à cette politique, en être complice.

Conférence : Droits de l’Homme et Immigration à Lille 1 18h30 (13/11)

jeudi 13 novembre 2008

A l’université des sciences et Technologies de Lille 1. Espace Culture (Métro Cité Scientifique)

Conférence : Droits de l’Homme et Immigration

13 novembre 18h30

ENTREE LIBRE

Par l’USTL ( l’Unversité des Sciences et Techonologies de Lille ) et le CRDTM ( Centre Régional de Documentation et d’Information pour le Développement et la Solidarité Internationale ) avec la participation du Cercle de Silence de Lille

Les vagues successives d’immigrants font partie de notre histoire. Voulues ou forcées, économiques, politiques, environnementales, les migrations vont dessiner demain un nouveau monde qu’il convient d’anticiper pour ne pas le subir.

Intervenant : Emmanuel terray, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, du Cedetim, spécialiste des migrations.

Animateur : Régis Verley, journaliste.

Information au : 03.20.43.69.09 (Espace Culture) ou 03.20.53.80.14 (CRDTM).

Métro Cité Scientifique, suivez la rame de métro aérienne en direction de la bibliothèque universitaire, l’Espace culture est sur votre droite.

Manifestons à Paris le 5 avril contre les attaques subies par les étranger-e-s et pour marquer notre solidarité sans frontières

samedi 5 avril 2008

A l’appel de l’UCIJ, du RESF et de comités de sans-papiers, mobilisation nationale le 5 avril. Dans le Nord Pas de Calais, appel à participer à la manifestation parisienne (14h30 place d’Italie). Des départs collectifs sont prévus depuis Lille et Arras.

Lire l’article

Pétition pour la régularisation de tous les sans-papiers grévistes de la faim

mardi 29 janvier 2008

Afin de réclamer la régularisation de tous les sans papiers qui ont participé à la grève de la faim cette été, venez signer la pétition sur le site suivant :
site du RESF 59-62

22 octobre grève de soutien à Florimont Guimard

mardi 9 octobre 2007

militant RESF poursuivi pour avoir soutenu des sans-papiers

Lire l’appel de sud educ 59/62 et l’appel fédéral

17 octobre manif sans-papiers

mardi 2 octobre 2007

Comme tous les mercredis, manifestation de soutien aux sans-papiers 18h00 place de la République.

10 octobre manif sans papiers

mardi 2 octobre 2007

Comme tous les mercredis, manifestation de soutien aux sans-papiers 18h00 place de la République.

vers le fichage ADN des immigré-e-s ?

vendredi 14 septembre 2007

Les immigré-e-s désireux d’obtenir un visa de plus de trois mois dans le cadre du regroupement familial pourraient à présent se voir imposer un test d’ADN. C’est le sens d’un amendement déposé par le député Thierry Mariani et voté mercredi par la commission des lois de l’Assemblée nationale, dans le cadre de la loi sur l’immigration qui sera examinée mardi.

27 juin 15h00 Gd Place : rassemblement RESF.

vendredi 22 juin 2007

A l’appel du RESF 59, RASSEMBLEMENT MERCREDI 27 JUIN à 15H GRAND PLACE - LILLE en solidarité avec les élèves sans papiers.
Lire l’article

29 mai 2007 9h30 Tribunal administratif Rassemblement contre OQTF

mardi 22 mai 2007

Le RESF appelle à un rassemblement pour soutenir un élève sans papiers menacé d’une OQTF (Obligation à quitter le territoire français)

Adresse du Tribunal : 143 rue Jacqemars Giélée, Lille (près du Bd Vauban).

lire l’article