Les enseignant-e-s japonais-e-s s’insurgent contre la montée du nationalisme

samedi 1er décembre 2007

Au Japon, des enseigant-e-s qui refusent la montée du nationalisme dans les Ecoles sont suspendu-e-s et menacé-e-s de licenciement. Une manifestation aura lieu à Tokyo le 22 décembre prochain.

La fédération des syndicats SUD éducation apporte son soutien sans réserve à toutes leurs actions et dénonce les dérives des autorités japonaises en matière d’autoritarisme et de promotion du nationalisme dans le système scolaire.

Au Japon, nous n’avons pas de lecture de la lettre de Guy Môquet, mais il existe une vieille coutume à l’école pour organiser la « cérémonie » d’accueil des élèves en début d’année scolaire et celle de la remise des diplômes de fin d’année. Lors de ces cérémonies où tout-e-s les élèves sont convié-e-s aux côtés des enseignant-e-s et des parents d’élèves, l’administration a imposé une « coutume » qui veut qu’en présence du drapeau japonais soit interprété l’hymne national au piano, tandis que l’assistance debout chante en chœur.

Ce drapeau japonais (un rond rouge sur fond blanc), dit Hinomaru (Soleil Levant), est celui qui accompagna l’armée japonaise tout au long de sa guerre d’agression sauvage en Asie et dans le Pacifique. Quant à l’hymne national, dit Kimigayo (le règne de Sa Majesté), la musique en fut composée au XIXème siècle pour célébrer la gloire de l’Empereur, le texte invoquant l’éternité du règne impérial.

Après la défaite de la Seconde Guerre mondiale, le Japon s’est doté en 1947 d’une Constitution démocratique et pacifique ainsi que d’une Loi cadre sur l’éducation. Celle-ci visait notamment à limiter le contrôle abusif de l’éducation par l’administration et empêcher d’éventuelles tentatives de mise au pas des enseignants par l’Etat. Ses rédacteurs n’oubliaient pas que l’idéologie nationaliste et militariste profondément ancrée dans le système éducatif d’avant-guerre avait habitué la population à obéir aveuglément aux autorités pour soutenir l’effort de guerre, chaque Japonais-e devant même se tenir prêt-e, le moment venu, à « mourir pour l’Empereur et la nation ».

Il faut rappeler que l’empereur Hirohito non seulement ne fut pas inquiété lors du procès de Tokyo (sa responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale fut étouffée par décision des États-Unis) mais qu’il devint même le « symbole de la nation et du peuple japonais ». De la même façon, ni le drapeau ni l’hymne ne furent changés après la guerre, malgré les protestations d’une partie de la population.

Il y a donc un malaise… Certain-e-s enseignant-e-s jugent qu’on ne doit pas leur imposer de cautionner ce qui reste à leurs yeux des symboles de la guerre d’agression japonaise. C’est la raison pour laquelle ils/elles se sont toujours abstenu-e-s de se lever, comme de chanter, lors des cérémonies où l’hymne était joué. Ils/elles justifiaient ce choix par « la liberté de pensée et de conscience des individus » garantie par la Constitution (article 19) ainsi que par la Loi cadre sur l’éducation (dans sa version 1947).


Mais sous l’influence du révisionnisme, le nationalisme est de retour !

On constate au Japon, depuis une dizaine d’années, une réhabilitation spectaculaire de thèses révisionnistes virulentes qui visent à nier ou à minimiser les atrocités et les crimes commis par le Japon pendant la période de sa domination coloniale en Asie puis lors de la Seconde Guerre mondiale. Ce révisionnisme est appuyé par un puissant courant politique (au sein du PLD, le parti conservateur au pouvoir) et certains milieux économiques. Il se diffuse au travers de grands groupes de la presse écrite et audiovisuelle qui sont très influents, ce qui aboutit à ressusciter un « nationalisme soft » en progression chez les jeunes générations (par ailleurs en majorité ignorantes de l’histoire de leur pays). C’est dans ce contexte que les gouvernements successifs et certaines collectivités locales tentent d’affermir un nouveau pouvoir de contrôle sur l’éducation.

Pour mémoire, en 1999, le gouvernement Obuchi fit passer une loi établissant le drapeau et l’hymne national. Avant cette loi déjà, de plus en plus d’écoles publiques, obéissant aux directives du Ministère de tutelle, avaient décidé d’imposer à leurs enseignants de se lever par « devoir » pour chanter l’hymne national. Toutefois, en réponse aux critiques de l’opposition, le Premier ministre expliqua lors d’une séance à la Chambre des représentants que le gouvernement n’entendait pas rétablir l’obligation de hisser le drapeau national à l’école.

Or, une enseignante de collège public à Tokyo, Mme Kimiko Nezu (prononcer « Nésou »), s’est vue sanctionner pour la première fois en mars 1994 par son autorité de compétence, le Comité de l’instruction publique de Tokyo, pour avoir simplement baissé le drapeau national que le proviseur avait fait hisser contre la décision du conseil des professeurs. Depuis lors, l’administration prétexte toutes sortes de raisons pour s’acharner contre elle. Ainsi son cours sur les « femmes de réconfort » (les victimes de l’esclavage sexuel) de l’armée japonaise a été jugé « hors de sa compétence ». En plus des sanctions à répétition (blâmes, réductions de son salaire, suspension), le Comité l’a mutée dans un collège éloigné à plus de 4 heures aller- retour de chez elle.

En octobre 2003, c’est ce même Comité de l’instruction de Tokyo, appuyé par le maire (M.Ishihara), qui promulgue la notification décrivant en détail les « modalités pour les cérémonies dans les établissements scolaires publics ». Ainsi est-il stipulé que l’enseignant-e qui n’obéirait pas aux instructions du proviseur à ce sujet verrait sa responsabilité de fonctionnaire remise en cause (notification du 23/10/2003). Depuis, les sanctions pleuvent… Bien évidemment pour Mme Nezu qui persiste à refuser de se lever au son de l’hymne national, mais aussi pour Mme Junko Kawaraï, enseignante éducatrice spécialisée d’enfants handicapés à Tokyo, qui a été sanctionnée pour la première fois en 2003 à cause de ses cours d’éducation sexuelle, et qui continue comme Mme Nezu à rester assise pendant qu’on diffuse l’hymne Kimigayo. Dans certains lycées publics de Tokyo, des enseignant-e-s en préretraite qui ne s’étaient pas levé-e-s pendant la cérémonie n’ont pas été recruté-e-s l’année suivante, ce qui revient dans les faits à une révocation pure et simple. Ce sont, à ce jour, 388 enseignant-e-s qui ont été ainsi sanctionné-e-s.

La situation des enseignants est donc de plus en plus inquiétante !

Ces enseignant-e-s ont naturellement porté plainte contre l’administration. En plus de ces procès visant à obtenir l’annulation de leurs sanctions un peu partout au Japon, un groupe d’enseignant-e-s de Tokyo a engagé en janvier 2004 un « procès en prévention des sanctions » contre le Comité d’instruction publique et le maire de Tokyo. En se fondant sur la liberté de pensée, de conscience et d’expression garantie par la Constitution, les plaignant-e-s (plus de 400 actuellement) ont demandé que la notification du 23/10/2003 soit retirée au motif de son anticonstitutionnalité. Le 21 septembre 2006, la Cour régionale de Tokyo a rendu un jugement historique, en première instance, qui donnait raison aux plaignants. Elle a en effet jugé que la notification du 23/10/2003 et les sanctions prises par le Comité d’instruction public de Tokyo à l’encontre des enseignant-e-s correspondaient à un « contrôle abusif de l’administration » interdit par la Loi cadre sur l’éducation (article 10), et étaient de nature à entraver la liberté individuelle garantie par la Constitution. L’administration a aussitôt fait appel de ce jugement.

Paradoxalement, malgré cette victoire, la situation des enseignant-e-s s’est aggravée. Fin 2006, les deux chambres japonaises ont voté une réforme de la Loi cadre sur l’éducation qui réintroduit le contrôle de l’État sur le système éducatif en abolissant l’article 10. De plus, elle impose d’enseigner « le patriotisme » et « la morale », en établissant précisément les obligations des parents et des collectivités locales. En bref, une loi fortement imprégnée de relents nationalistes d’avant-guerre. Ajoutons à cela le jugement de la Cour suprême de justice (équivalent de la Cour de cassation en France), rendu le 27 février 2007, dans le procès intenté par une institutrice de Tokyo, sanctionnée en 1999 pour avoir refusé de jouer au piano le Kimigayo, et qui donna définitivement tort à l’enseignante, au motif que les instructions du proviseur étaient conformes à la Constitution. Cette jurisprudence ainsi que la nouvelle Loi cadre sur l’éducation n’augurent rien de bon pour les enseignant-e-s actuellement sanctionné-e-s.

C’est dans ce contexte extrêmement inquiétant qu’est né, à l’initiative de citoyen-ne-s japonais-e-s, un comité de soutien à deux enseignantes (Mme Nezu et Mme Kawaraï) considérées comme emblématiques car les plus lourdement sanctionnées.


Notre solidarité avec la résistance des enseignant-e-s japonais

Mme Nezu, qui a subi cette année sa dixième sanction, la suspension de six mois, risque cette fois la révocation au cas où elle refuserait de se lever pour l’hymne Kimigayo en mars prochain, et il est probable qu’elle persiste dans son refus. Mme Kawaraï, elle, ayant été sanctionnée par trois mois de suspension, encourt cette fois une suspension de six mois.

Quoique faisant l’objet d’une série de suspension de poste, Mme Nezu a entamé une résistance originale : elle se rend avec une petite pancarte et des tracts pour expliquer le motif de sa suspension devant l’entrée du collège où elle aurait dû enseigner. Saluant chacune des élèves et des enseignant-e-s, elle accepte de dialoguer avec tous ceux qui le souhaitent. Le proviseur, ses assistant-e-s et quelques parents d’élèves voudraient la décourager (en faisant appel à la police), mais elle tient bon. Progressivement, quelques parents et élèves ont commencé à l’assurer de leur soutien. Mme Kawaraï a, de son côté, effectué pendant sa suspension un tour du Japon cette année pour attirer l’attention sur ce problème.

Persuadées que la coercition reste la pire des pratiques lorsqu’on se destine à l’éducation, elles ont toujours privilégié l’imagination dans leur pédagogie, en faisant preuve d’un grand intérêt pour leur métier comme en témoignent leurs anciens élèves.

Dans un climat politique et social où la liberté d’expression est de plus en plus étouffée pour les « éléments contestataires », cette minorité courageuse d’enseignant-e-s japonais-e-s a choisi d’entrer en lutte contre des abus de pouvoir flagrants de la part de l’administration relayée par leur hiérarchie.

Mme Nezu, Mme Kawaraï et d’autres personnes dans la même situation doivent affronter les conséquences d’une politique de plus en plus répressive et autoritaire qui utilise l’acharnement cruel et systématique, n’hésitant pas à employer des humiliations et des persécutions dignes d’une époque que l’on pouvait croire révolue.

Enfin, devant le faible soutien de leur syndicat, ces enseignant-e-s n’ont d’autre choix que d’engager une résistance qui, bien qu’isolée, exprime leur conscience de l’enjeu : la défense de l’une des principales conditions d’exercice de la démocratie. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité attirer l’attention sur leur combat au-delà du Japon dans l’espoir que se manifeste une large solidarité internationale.

Un film documentaire d’Akira Matsubara et de Yumi Sasaki, « Kimigayo Fukiritsu » (Refus de se lever pour le Kimigayo), qui retrace les principales étapes de cette lutte est régulièrement projeté à travers tout le Japon depuis novembre 2006. Il a permis de recueillir un nombre non négligeable de soutien pour ces enseignant-e-s. Une version sous-titrée en anglais, « Against coercion » a également permis de sensibiliser des enseignant-e-s américain-e-s et canadien-ne-s qui commencent à exprimer leur soutien. En février dernier, suite à une projection de ce film à l’Université Paris-Diderot, plusieurs messages de soutien avaient été adressés à Mme Nezu et Kawaraï.


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Brèves

SOUTIENS INTERNATIONAUX CONTRE LA LOI TRAVAIL

mardi 14 juin 2016
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De nombreux soutiens internationaux à la lutte que nous menons contre la rétrograde loi Travail nous sont parvenus, parmi lesquels ceux de :

la Confederacion Intersindical (Espagne) ; l’ODT (Maroc) ; le Réseau syndical international de solidarité et de luttes et le réseau Rail Sans Frontière (Solidarité internationale) ; les organisations en lutte contre la loi Peeters (Belgique) ; les ouvriers de l’usine autogérée VIO-LE (Grèce) ; la région Genève du SSP (Suisse) ; CUB, SICOBAS USI-AIT, SGB, Fronte di lotta No Austerity (Italie), avec une manifestation de soutien USI, CUB, UNICOBAS, SI-COBAS, ASBEL-CNL, SGB, il sindacato è un’altra cosa – Opposizione CGIL à Rome ; Palestinian Postal Service Workers’ Union (Palestine) ; CSP Conlutas (Brésil), avec un rassemblement de soutien à Sao Paulo ; Ver.di, avec une initiative de solidarité à Hambourg (Allemagne) ; CGTP-IN (Portugal) ; Kesk, syndicat du service public (Turquie) ; plusieurs organisations à San Francisco (Californie).

Ce soutien ne se dément pas, qu’il vienne d’Espagne, de Portugal ou de Belgique.

Actualité internationale, soutiens, photos, vidéos, sur le site de Solidaires.
Solidarité internationale contre la loi Travail (vidéo, 28 avril).
Soutiens internationaux (liens, 28 avril).

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Belgique, le 24 mai

Lisez le Bulletin international.

L’International est en ligne

samedi 7 mars 2015

Le bulletin international

Le bulletin international de la fédération SUD éducation est désormais disponible en ligne.

Des livres pour Rojava

mercredi 25 février 2015
Des livres pour Rojava

Le Rojava ou Kurdistan de l’Ouest se trouve dans le nord-est de la Syrie. En novembre 2013 un gouvernement d’autonomie démocratique y a été proclamé. Il défend l’autogestion, l’émancipation des femmes, l’anti-capitalisme et l’écologie politique. En septembre 2014, une académie de Mésopotamie a été ouverte. Une campagne pour fournir sa bibliothèque a été lancée par les étudiant-es sur place, relayée par Solidaires étudiant-es et l’Union syndicale Solidaires.

L'appel «Des livres pour Rojava» de Solidaires étudiant-e-s

Contre la loi du bâillon de l’Etat espagnol !

jeudi 29 janvier 2015

Dans ce pays où selon une enquête récente de l’UNICEF 30% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté, le mouvement social et syndical est frappé par une répression étatique rappelant les heures sombres du franquisme.

Pour faire face à cette réalité, un réseau solidaire anti-répression a été mis en place à l’initiative de plusieurs syndicats de lutte (CGT, LAB, CUT, Solidaridad Obrera, Confédéracion Intersindical, ASSI).

Un guide anti-répression édité par ces syndicats montre l’étendue de la répression. Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes, que l’Union syndicale Solidaires a contribué à fonder, appelle à la solidarité internationale.


No pasarán !


→ Contre la Loi Mordaza, sur le site du Réseau syndical international de solidarité et de luttes ;
→ Le communiqué du Réseau, sur le site de l’Union syndicale Solidaires ;
Pretenden amordazarnos ! sur le site de nos camarades de la CGT - E

Appel à un rassemblement de solidarité avec les syndicalistes autonomes algériens (12 février, 13h00 devant le consulat d’Algérie)

mardi 12 février 2008

En soutien aux organisations syndicale de la Fonction Publique algérienne non inféodées au pouvoir qui organise une grève du 10 au 12 février en Algérie contre la faiblesse des salaires, la précarité et la répression. Rassemblements en France le mardi 12 février (13h00 à Lille devant le consulat d’Algérie, rue de Solférino)

Lire l’appel

projection de film en soutien à Oaxaca au CCL le 22/12 à 20H

vendredi 15 décembre 2006

21/12 projection de film en soutien à Oaxaca au CCL [20H]

films de l’appo + discut

CCL 4 rue de colmar / 59000 lille métro porte des postes

plus d’info ici : 21-22/12 action en soutien à Oaxaca sur Lille

rassemblement en soutien aux insurgé-e-s de Oaxaca 21/12 à 18H

vendredi 15 décembre 2006

rassemblement en soutien aux insurgé-e-s de Oaxaca 18H

rendez vous à 18H le 21 décembre place de la république

plus d’info ici (article Indy media lille) : 21-22/12 action en soutien à Oaxaca sur Lille