LRU : POURQUOI NOUS SOMMES TOUT-E-S CONCERNÉ-E-S

jeudi 6 décembre 2007

La loi « relative aux Libertés et Responsabilités des
Universités » (dite LRU) a été votée le 10 août dernier
par le parlement. Dans un contexte politique où une droite
décomplexée règne en maître, il n’y a eu aucune concertation
démocratique quant à cette réforme des universités.
Elle servira de modèle à des changements radicaux dans le
secondaire et le primaire ; certains aspects y ont déjà été
expérimentés. Dans tous les cas, on retrouve la mise en
concurrence des établissements, et des salarié-e-s et son
corollaire, le renforcement de la hiérarchie.

La mise en concurrence des établissements

La loi Pécresse instaure, à travers le « contrat
pluriannuel d’établissement » (art 17) et la participation
à un « pôle de recherche et d’enseignement supérieur »
une mise en concurrence entre les universités, en reprenant
dans leur gestion les principes de la LOLF (Loi Organique
Relative aux Lois de Finances) et sa culture de rentabilité
et de résultats .

De la même façon, dans le secondaire, le conseil
pédagogique (instauré par la loi Fillon) s’inscrit implicitement
dans la logique de contractualisation des moyens et
des performances de la LOLF et comme un moyen d’augmenter
l’autonomie des établissements. La suppression de
la carte scolaire rendra nécessaire les opérations de promotion
des établissements scolaires, qui seront poussés à
proposer des activités permettant de mettre en valeur leur
image ; cela impliquera des orientations sur les choix pédagogiques,
et nuira à la lutte contre les inégalités scolaires,
voire à la qualité des enseignements.

Dans les écoles primaires également, la mise en
place des EPEP (Etablissements Primaires d’Enseignement
Public) répond à la même logique, avec pour conséquence
des inégalités, notamment financières, entre les écoles.

La mise en concurrence des personnes

La volonté affichée par le ministère et certain- e- s
président-e-s d’universités d’attirer de « meilleur-e- s enseignant-
e-s » en leur offrant un salaire plus élevé (prime
ou salaire au mérite) risque de créer une inégalité entre
ceux/celles-ci et les autres enseignant-e-s. De plus, le
« contrat pluriannuel d’établissement » devra désormais
prévoir « les conditions dans lesquelles les personnels titulaires
et contractuels de l’établissement sont évalués »,
ce qui implique une mise en concurrence des personnes
par l’évaluation individuelle.

Ces pratiques d’évaluation/notation des personnels
existent déjà pour les ATOSS, et le salaire au mérite
des enseignant-e-s du primaire et du secondaire est régulièrement
évoqué.

Cette mise en concurrence de personnels accentuerait
d’autre part la précarisation au sein de l’université :
« le/la président-e [d’université] peut recruter pour une durée déterminée ou indéterminée des agents contractuels
 » (art 19), donc non fonctionnaires de l’administration
publique. On peut aussi supposer que, pour ne pas avoir à
titulariser le personnel IATOSS, les administrations auront
recours à des entreprises de sous-traitance : privatisation
des cantines, des services de nettoyage sont déjà en oeuvre
dans certains établissements, et impliquent non seulement
une baisse de la qualité des repas mais encore la diminution
des contacts avec les personnels de restauration et
d’entretien.

Le renforcement de la hiérarchie

La loi d’autonomie des universités va modifier
le mode de désignation du/de la président-e, la durée de
son mandat et les fonctions qui lui seront attribuées. Cette
loi entraîne aussi une réduction de la représentation des
étudiant- e- s, des personnels IATOSS et des enseignantschercheurs
et leur éloignement des instances décisionnelles.
Cette « autonomie » est surtout celle de la direction
face aux membres de la communauté universitaire ! Toutes
ces modifications renforcent très clairement ses pouvoirs
de gestion, ce qui lui donne un pouvoir à caractère entreprenarial
et managérial.

De le même façon, dans le primaire, avec la mise en place
des EPEP, les collectivités territoriales obtiennent un poids
majoritaire dans les nouvelles instances de décision. Le
projet dépossède les enseignants d’une grande partie de
l’orientation pédagogique au « profit » d’une petite hiérarchie
locale, elle-même sous la pression d’une double
autorité, celle de l’Éducation nationale et des collectivités
territoriales.

Dans le secondaire, les conseils pédagogiques peuvent
aussi menacer la liberté pédagogique, même si les textes
s’en défendent (le conseil pédagogique « ne peut porter
atteinte à la liberté pédagogique », mais celle-ci s’exerce
dans le cadre du projet d’établissement, lui-même rédigé
par le conseil pédagogique !). Dans ces conditions , il semble
que le conseil pédagogique ait pour objectif principal
d’instaurer une hiérarchie intermédiaire au plus près des
personnels, et de permettre de contourner les difficultés
qu’il y aurait à donner directement au seul chef d’établissements
un contrôle et une évaluation pédagogique qu’ils
ne peuvent assumer. Le risque est d’assister à l’émergence
de « supers profs » ou « petits chefs » soumis au chef d’établissement.

Une autre idée de l’éducation

Au final, on retrouve derrière la LRU, et toutes les réformes
visant à renforcer « l’autonomie des établissements »,
une certaine idée de l’éducation totalement contraire à nos
idéaux : soumise à des considérations purement financières,
l’éducation est seconde par rapport à la baisse des
dépenses publiques. A l’université comme dans le primaire
ou le secondaire, la priorité est à la réduction des dépenses
à travers la réduction des postes, « l’efficacité » de la gestion
dans le cadre de la LOLF, la sous-traitance des services
de restauration et d’entretien au privé, la précarisation
des personnels.

Au service des entreprises, cette éducation vise à former
des salariés adaptables et malléables. La LRU prévoit la
mise en place de partenariats étroits avec les entreprises,
voire la participation directe d’employeurs au financement
de formations et à l’élaboration de leur contenu.
Le primaire et le secondaire sont moins touchés mais ne
sont pas en reste. Ne nous étonnons plus de l’apparition
dans ce contexte de notions comme « le socle commun
de connaissances » et la priorité à la communication pour
les langues ou le français. Certains partenariats avec des
entreprises ont déjà été mis en place.

Au service avant tout d’une élite, cette éducation renforce
enfin la reproduction sociale, en instaurant une sélection
en fonction « d’aptitudes » supposées « naturelles »
(masquant mal le retour d’une idéologie du « don »).
« L’orientation active » rendue obligatoire par la LRU
remet en cause les fondements de l’université ouverte à
toutes et tous, la démocratisation des études supérieures
ainsi que l’égalité des chances. De plus, comment parler
« d’orientation active » alors que l’orientation dans le secondaire est
sacrifiée avec la baisse drastique du nombre de postes aux concours
de conseiller- e-s d’orientation ?

D’autre part, la professionnalisation accrue des études (qu’on peut aussi
retrouver dans le secondaire autour de l’apologie de l’apprentissage),
en prétendant aider les étudiant-e-s à trouver leur « voie » et le métier
qui leur correspondrait, signifie implicitement la réduction du temps
consacré aux enseignements fondamentaux (enseignements généraux, culture générale).

Pour une analyse plus détaillée

Note

1/ Celle-ci cadre les dépenses de personnels : les crédits de personnels
sont limitatifs et ne peuvent être abondés par d’autres crédits, mais il est en revanche possible d’utiliser les crédits de personnels pour alimenter d’autres
types de dépenses (il sera désormais possible d’utiliser le budget dédié aux
personnels pour payer le chauffage, par exemple !).


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