Fiche HMI n°2 - La "réforme" de l’école

mercredi 16 janvier 2008

UNE COHERENCE CERTAINE ENTRE LES « REFORMES » DE L’EDUCATION...

Les différentes réformes du service public d’éducation proposées par le gouvernement actuel dans la lignée des deux précédents sont toutes empreintes des mêmes thématiques. On y retrouve toujours, en sus d’une priorité aux considérations budgétaires au détriment de la qualité du service public, l’objectif de la flexibilité des salariés (présents et futurs), accompagné d’une volonté de renforcer la hiérarchie.
On ne peut pas non plus nier que ces réformes correspondent aussi à une certaine idéologie de l’Education, cachée par le discours incessant sur la recherche de l’efficacité du service public.

Priorité aux économies budgétaires

L’article 18 de la loi Pécresse prévoit que « les universités peuvent (...) demander à bénéficier des responsabilités et des compétences élargies en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines ». Cet article se place dans la perspective de la LOLF (Loi Organique Relative aux Lois de Finances). La LOLF instaure une culture de rentabilité et de résultats par la définition d’objectifs transministériels, mais les processus d’évaluation sont laissés au choix des directeurs de chaque mission, sans être vraiment mis en question.
On retrouve ainsi dans la LRU le « contrat pluriannuel d’établissement » (art 17), passé entre l’État et l’université, qui fixe les « obligations des établissements » ainsi que « les moyens (...) mis à leur disposition par l’État ».
On lit aussi dans le texte de loi que « le/la président-e [d’université] peut recruter pour une durée déterminée ou indéterminée des agents contractuels » (art 19), ce qui revient moins cher... au détriment de leurs conditions de travail !
Pourtant, « la dépense annuelle par étudiant est en France de 5% inférieure à la moyenne de tous les pays de l’OCDE » [document de l’OCDE].

Avec la réforme de l’école primaire, le concept d’Etablissement Public d’Enseignement Primaire (EPEP), par lequel on peut regrouper la gestion de plusieurs écoles, risque bien d’entraîner des dommages sur les conditions de travail aussi bien que sur la qualité de l’enseignement au nom de l’économie d’échelle : remplacements à l’interne... sur plusieurs écoles ; mutualisation des moyens... avec un CA où les représentants des communes peuvent imposer des choix en fonction de leurs budgets.
Les professeur-e-s des écoles seraient tenu-e-s de prendre en charge les élèves en difficulté deux heures par semaine pour remédier à ces dificultés, alors que le réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) serait supprimé. Or, si les démarches pour le faire intervenir en interaction avec les classes ne sont pas toujours faciles, on y trouve cependant des aides spécialisées à dominante pédagogique ou rééducative par des enseignants spécialisés titulaires et un suivi par le psychologue scolaire. Celui-ci peut organiser des entretiens avec les enfants, proposer des entretiens au maître ou aux parents ou conseiller aux parents une consultation extérieure à l’école quand la situation requiert une prise en charge qui ne peut être assurée au sein de l’école [circulaire n° 2002-113 du 30 avril 2002]. La priorité de cette réforme est donc bien purement budgétaire, puisque les enfants ne bénéficieront plus, en général, d’une telle spécialisation.
Notons enfin que « le nombre d’élèves dans le premier degré s’est accru de 39 000 à la rentrée 2005 et de 19 600 en 2006. L’augmentation prévue est de 25 000 en 2007 et de 44 000 en 2008 si le taux de scolarisation à 2 ans reste inchangé. Selon un autre scénario, prenant en compte une meilleure scolarisation à 2 ans, la progression serait de 30 700 élèves en 2007 et 48 200 en 2008. Les créations de postes d’enseignants sont de 400 en 2007 et 700 en 2008 » [Le Monde du 28/08/07].

Pour l’enseignement secondaire, la loi Fillon (circulaire de rentrée du 27 /3/2006) instaure le conseil pédagogique et l’inscrit implicitement dans la LOLF. En effet, le principal critère d’attribution des budgets est désormais la conformité des différents projets avec les objectifs de l’Etat.
On peut aussi signaler que la commission Pochard (« commission sur la refondation du métier d’enseignant », à laquelle a participé le DRH du groupe La Poste, modèle de privatisation progressive du service public, mais aucun représentant des personnels !), dont la mission est de réfléchir au métier d’enseignant-e, préconise, pour les néo-titulaires, d’augmenter le service hebdomadaire des certifiés à vingt heures et des agrégés à dix-huit heures. Etant donnée la charge supplémentaire de travail déjà représentée par l’augmentation des effectifs des classes, la dégradation de la qualité d’enseignement est certaine... mais sans importance pour le gouvernement au vu des économies réalisées ! Comme dit M.Darcos, « cessons de dire que dix-huit heures de cours par semaine représentent un exploit sans égal. »
Les suppressions de postes continuent aussi d’être au programme : 11200 sont prévues à la rentrée 2008...
Cette vision comptable est aussi très présente dans la réforme du bac professionnel et du BEP. Le dispositif expérimental n’est pas une réussite (même d’après le rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale). Sous prétexte d’égalité de traitement des élèves des filières technologiques et professionnelles, le ministère vise en fait une diminution de l’offre de formation et la suppression de milliers de postes (1500 suppressions envisagées dans l’académie pour le second degré).

Avec la décentralisation des TOSS, l’objectif est avant tout d’alléger les dépenses de l’Etat en les transférant aux régions, sans souci des différences de traitement que pourront vivre les personnels. Ce procédé est d’ailleurs décrit par un document de l’OCDE qui présente des recettes pour réduire la part de l’Etat.
Les administrations auront de plus en plus recours à la sous-traitance à des entreprises privées (cantines, nettoyage, entretien...voire la construction et la gestion complète de tout un collège, comme Vinci à Villemandeur !). Cela permet de diminuer les coûts salariaux dans des conditions où la défense des salariés est bien plus difficile.

Les services d’orientation sont toujours menacés de décentralisation : les régions qui ont déjà les compétences en matière de formation professionnelle récupéreraient celles de l’orientation. Les CIO (Centres d’information et d’Orientation) seraient alors intégrés aux nouvelles Maisons de l’Emploi et « le métier des futurs conseillers d’orientation »* ressemblerait davantage à un rôle de « prospecteur placier ». Les personnels des CIO ne seraient plus comme actuellement des agents de l’Education nationale mais « des agents publics locaux, des agents permanents de l’ANPE, des agents publics mis à disposition de l’Etat, y compris des enseignants accomplissant ainsi une seconde carrière et des fonctionnaires du ministère du travail, ainsi que des contractuels »*.
Seuls 55 conseiller-e-s d’orientation-psychologues ont été recruté-e-s en 2006, contre 287 en 2002. Cela équivaut au remplacement d’un départ à la retraite sur six ! En trois ans, 700 postes de COP ont disparu, c’est-à dire 16 % du corps.

* [rapport de Frédéric Reiss sur les crédits pour 2008 du programme « Enseignement scolaire » de novembre 2007]

Rendre les salariés flexibles et renforcer la hiérarchie

La loi de réforme des universités prévoit « la participation des employeurs au financement des premières formations technologiques et professionnelles ». Cela pourra entraîner l’existence de filières en fonction des besoins des employeurs locaux ; ceux-ci auront de plus davantage de poids sur les contenus des enseignements comme pourvoyeurs de fonds. Voilà de quoi former des salariés sur mesure, prêts immédiatement et bien dociles, et peu importe si une spécialisation abusive les handicape en cas de changement d’emploi.
Quant au renforcement de la hiérarchie, il est très clair dans les structures de gestion de l’université. Le/la président-e est désormais nommé-e uniquement par le CA, où sont surtout représentées les collectivités territoriales, et où le nombre d’étudiant-e-s et de IATOSS diminue. Ses pouvoirs de gestion sont augmentés, avec un caractère entrepreneurial qui renforce son pouvoir sur les personnels. Notons « qu’aucune affectation ne peut être prononcée si le président émet un avis défavorable motivé », sauf pour les premières affectations des personnels recrutés par concours national d’agrégation.

A l’école primaire, les collectivités territoriales sont majoritaires dans le Conseil d’Administration (CA) des EPEP, qui remplace le Conseil d’Ecole. Le président, issu des collectivités territoriales et recruté sur poste à profil, a voix prépondérante en cas d’égalité. Un conseil pédagogique composé de personnels issus du CA remplace le Conseil des maîtres. Une hiérarchie locale appuyée par l’Education nationale, et soumise à des contraintes économiques locales, prend ainsi la main sur une grande partie des choix pédagogiques.
On parle même d’évaluer les professeur-e-s des écoles en fonction des résultats de leurs élèves...une façon d’imposer le salaire au mérite avec une évaluation-notation des personnels fondée sur la croyance que tout peut se quantifier. Les professeur-e-s des écoles se verraient imposer des stages de perfectionnement obligatoires si les objectifs ne sont pas atteints.
La commission Pochard préconise la remise en cause du droit de grève avec l’instauration d’un service minimum ; il est par exemple proposé de faire venir les employé-e-s municipa-ux/les pour garder les enfants les jours de grève, en les payant avec les salaires des grévistes. A cela s’ajouterait surtout l’obligation d’annoncer plusieurs jours à l’avance son choix d’être gréviste un jour donné : rien de tel pour gêner la solidarité entre les personnels - surtout avec le renforcement dans la gestion du poids des collectivités territoriales -, et ainsi rendre difficile l’exercice du droit de grève.

Dans l’enseignement secondaire, la mise en place des conseils pédagogiques pourrait renforcer le pouvoir du chef d’établissement par l’attribution d’un droit de regard sur la pédagogie des enseignants que, jusqu’à présent, il n’exerçait pas. Il en désignera les membres (au moins un professeur principal de chaque niveau, un-e professeur-e de chaque champ disciplinaire, un-e CPE, le chef des travaux) et aura la possibilité de favoriser les enseignants les plus proches de ses orientations. Se formera donc un groupe d’enseignants mis en situation d’évaluer les performances de leurs collègues. Les compétences du conseil conduiront le chef d’établissement à évaluer les pratiques (rappelons au passage que désormais il n’est plus nécessairement issu de l’Education nationale).
Cela rejoint la notion de salaire au mérite. La commission Pochard préconise en effet une plus grande autonomie de l’établissement, avec une évaluation-notation sur le modèle de celle des TOSS, et l’instauration d’un salaire au mérite. Quel mérite évaluerait-on ? Celui des personnes qui accepteraient une pression excessive du travail au détriment de leur vie personnelle (déjà à l’oeuvre pour nombre de salariés du privé), et le mérite de ceux qui seront toujours d’accord avec la direction...
Cette commission envisage aussi une mesure qui viendrait compléter le pouvoir de la hiérarchie sur les personnels : l’annualisation du temps de travail (sur la base de 1607 heures), avec de nouvelles obligations de service.

A l’IUFM, l’évaluation n’est plus collégiale ni centrée sur la pratique pédagogique. C’est un jury académique qui réunit les évaluations de trois instances : l’IUFM, le chef d’établissement du stagiaire, et l’inspecteur. L’IUFM se prononce sur l’acquisition de dix compétences, chacune décomposée en trois parties : savoirs, capacités, attitudes. Outre cette généralisation de la notion de « compétences », cela en dit long sur la fabrique d’un conformisme comportemental ! Le chef d’établissement émet un avis sur l’aptitude (sans autre précision) du stagiaire, ce qui lui donne un pouvoir bien réel aux contours flous, et l’inspecteur/trice émet un avis global sur l’aptitude à enseigner du stagiaire... sans être tenu-e de l’inspecter ! Cette nouvelle organisation implique une très forte prépondérance des avis hiérarchiques dans la titularisation.
Sur le thème « recrutement et formation », la commission Pochard propose l’ouverture des carrières pour rejoindre l’Education nationale.

La décentralisation des TOSS, et leur sortie de la Fonction publique d’Etat, risque d’étendre leurs missions ou obligations de service en fonction des besoins des collectivités territoriales. Il leur sera plus délicat de s’opposer à des abus de la hiérarchie locale, d’autant que les disparités pourront être grandes selon les régions. Cet effet est accentué par la généralisation de la sous-traitance, pratique qui permet grâce à la précarisation des salariés de museler la contestation (chantage tacite à l’emploi ou aux conditions de travail en échange de la soumission aux seuls objectifs de l’entreprise). Les salarié-e-s ont dans de telles conditions beaucoup plus de difficultés à se défendre.
Le processus d’évaluation-notation auquel ils/elles sont soumis-es, et dont la commission Pochard propose d’étendre le principe aux professeur-e-s, leur impose un entretien avec la hiérarchie. Les critères d’évaluation sont très nombreux, et parfois flous : « capacité d’analyse, de synthèse et de résolution des problèmes, sens du service public, maîtrise de soi, capacité à déléguer, à conseiller, à repérer les potentiels individuels et à évaluer, capacité à former, aptitude au dialogue... » [JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 24 /11/2004]. L’application du mythe que « tout est quantifiable » implique finalement une notation bien loin d’être objective !

Les Conseiller-e-s d’Orientation Psychologues ne seraient plus administrativement rattachés aux CIO mais à des établissements scolaires bien identifiés et le chef d’établissement deviendrait ainsi leur supérieur hiérarchique. Ainsi l’autonomie et l’indépendance des COP vis à vis des politiques d’établissements, qui leur permet d’être réellement au service des élèves et de leur famille, seraient remises en cause.

L’Education au service d’une minorité

La LRU prépare la mise en place de pôles d’excellence. Ces pôles bénéficieront de nombreux financements privés, pour lesquels les autres universités n’auront pas d’équivalent. Rappelons qu’aujourd’hui la France est en 15ème position sur 23 pays de l’OCDE pour le financement de l’enseignement supérieur [SUD éducation Mayenne]. L’effort financier n’est donc pas une priorité de la nation française, mais serait possible. Il s’agit par conséquent de concentrer les moyens pour quelques universités d’élite, destinées aux élites.
La loi prévoit la création de fondations universitaires (art.28) financées par des dons déductibles des impôts et le mécénat, ainsi que la création de fondations partenariales, notamment avec les entreprises, au financement essentiellement privé avec des dispositifs fiscaux (art.29). Le pouvoir décisionnel est laissé, en partie, au monde économique. Les objectifs de ces fondations pourront-ils vraiment, dans ces conditions, servir l’intérêt général ?
De plus, elle prévoit aussi « la participation des employeurs au financement des premières formations technologiques et professionnelles » par le biais de la taxe professionnelle. Même si ce type de ressources existait déjà, il prend une ampleur nouvelle dans un contexte de professionnalisation et ne se fera pas sans contreparties. On risque d’assister à des choix pédagogiques dictés par les besoins des employeurs locaux et à l’orientation de la recherche vers un seul souci de rentabilité ou à sa censure si elle contrevient à certains intérêts. La LRU est ainsi un processus coordonnant l’ensemble des attaques contre l’enseignement supérieur et la Recherche et visant à leur privatisation (LMD, ECTS, rapport Hetzel, PRES...). La formation est mise au service d’une employabilité immédiate du plus grand nombre selon les besoins du bassin local d’emplois ; cela se fait à l’encontre de l’objectif d’une formation individuelle permettant à chacun de développer ses capacités et ses goûts, tout en lui fournissant les outils pour s’adapter librement à un monde changeant. Seule une minorité, et surtout si elle en a les moyens, pourra bénéficier d’un enseignement avec ces caractéristiques.
Or l’enseignement supérieur pourrait aussi être un outil au service de la réduction des inégalités sociales : « Il existe un lien positif entre niveau de formation et revenu. Dans de nombreux pays, le deuxième cycle du secondaire constitue un seuil au-delà duquel les études supplémentaires procurent un avantage salarial particulièrement important. Dans tous les pays, les titulaires d’un diplôme supérieur gagnent nettement plus que les titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires. (..) L’avantage salarial que procure une formation de niveau universitaire (par rapport au niveau secondaire) aux hommes âgés de 25 à 64 ans est (...) de 70 pour cent (...)en France (...). » [doc. OCDE]

Pour l’école primaire, M. Darcos souhaite la suppression du samedi et la semaine de 24h00. Pour compléter le service des enseignants, un soutien scolaire serait instauré le soir. Il avait aussi été question de faire venir les élèves en difficulté, et eux seuls, le samedi matin. On imagine aisément combien cela pourrait être vécu comme une punition ! Dans tous les cas, on leur imposerait deux heures hebdomadaires supplémentaires.
L’importance prise par les collectivités territoriales aux CA des EPEP, et dans les choix pédagogiques, leur donne une importance sans équivalent jusqu’à maintenant en terme de contrôle des pratiques d’enseignement. Cette territorialisation modifie radicalement le principe de la même formation initiale pour tous les citoyens.
Le fichier Base-Elèves, qui est mis en place peu à peu, contenait entre autres les entrées suivantes : « nationalité », « langue et culture d’origine », « autorité parentale » et « scolarité : particularités ». En quoi la nationalité et l’année d’arrivée en France de l’enfant nous intéressent-t-elles ? Après la mobilisation d’enseignants et de parents, cette entrée a été retirée. Difficile de comprendre aussi l’intérêt pédagogique du champ « langue et culture d’origine » dans le dossier de scolarité. Au cas où ces informations auraient un intérêt pédagogique, une petite enquête sur papier suffirait. En ce qui concerne l’autorité parentale, seul le nom du responsable légal peut être important, mais pas son lien de parenté avec l’enfant. A propos de « scolarité : particularités », on peut se demander si une aide spécialisée à un moment de sa vie doit figurer au dossier de l’élève pendant toute sa scolarité.
Les données de Base Elèves pourront être accessibles au Maire (Loi de prévention de la délinquance), être croisées avec le dossier CAF pour priver d’allocations les familles d’élèves absents, faciliter le travail de la police pour traquer les sans-papiers. Cet outil de fichage sera mis sur le réseau Internet, ce qui facilitera la centralisation des données et leur partage entre différentes institutions. C’est Alex Türk, président de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés, qui le dit : « Les gens ne se rendent pas compte qu’il y a mise en place autour d’eux d’un certain nombre de technologies, qui peuvent être invasives, d’un certain nombre de textes législatifs et réglementaires, qui, s’ils sont pris isolément, peuvent ne pas inquiéter, mais qui peuvent de manière non visible s’interconnecter et au fond augmenter leur puissance commune. C’est peut-être dans dix ou quinze ans qu’on pourra dire : finalement, tout a changé, notre sphère de liberté s’est réduite, mais on n’en était pas vraiment conscient. » L’école doit-elle participer à ce projet de société de contrôle des citoyens ? Au bénéfice de qui ? [doc. site SUD éducation]

Dans le secondaire, la suppression de la carte scolaire devrait entraîner une mise en concurrence des établissements scolaires dans le but d’attirer les élèves ; des choix de communication primeraient sur les choix pédagogiques, afin de rendre l’établissement attractif. L’inégalité devant la carte scolaire, dénoncée pour justifier cette suppression mais surtout due à des inégalités entre territoires, serait remplacée par une inégalité sociale encore bien plus grande pour le choix de l’établissement. Mais M. Darcos persiste : obligation sera faite aux recteurs/trices et inspecteurs/trices d’accepter toutes les demandes de dérogation, dans la limite des places disponibles. Ce dernier point ne fait que confirmer la fin d’une volonté d’égalité scolaire. Les établissements qui perdraient beaucoup d’élèves à cause de cela seront incités à l’innovation pédagogique pour les faire revenir. La concurrence et la communication comme projets pédagogiques !
On retrouve cette concurrence entre établissements dans le principe des conseils pédagogiques. Ceux-ci mettent en place des contrats d’objectifs, conjointement à un pilotage académique – espèce de « contrat » avec le rectorat – , dont les résultats sont évalués en fin d’année. Tout devra être fait pour rendre son établissement « attractif » et améliorer ses « rendements » qui seront évalués par rapport à ceux des autres. Bons points, bonne dotation horaire globale l’année suivante, mauvais points, mesures de carte scolaire et baisse des moyens en retour ! Encore cette culture du mérite (au sens concurrentiel) et du rendement : le concept d’éducation pour tous est gommé au profit d’une vision purement dogmatique du monde.
Les élèves qui ne pourront satisfaire à ces contraintes seront orientés à la baisse (sans réel choix d’un établissement), voire rapidement poussés à la professionalisation sans espoir de retour. Cela est cohérent avec le passage à trois ans du bac professionnel et la suppression programmée des BEP. Les actuelles classes d’adaptation des lycées technologiques n’y pourront pas survivre. Cela se confirme avec le projet de fondre à moyen terme les CFA (Centres de Formation des Apprentis) avec les lycées des Métiers : soit tu es utile à la compétitivité d’un établissement, soit tu te dépêches d’être immédiatement employable dans la région ! On assisterait alors au renforcement de l’exclusion par le recours rapide à l’apprentissage pour les élèves en difficulté. Le renforcement du pouvoir décisionnel des Régions quant au choix des offres de formation, avec une probable remise en cause des diplômes nationaux, se ferait au détriment de la formation personnelle initiale.
On assiste ainsi à une dualisation de l’éducation avec la formation d’une main d’oeuvre docile, employable immédiatement et pas trop chère (le remplacement des BEP par une certification permettra de nier la légitimité d’un bon salaire), en réservant le meilleur de l’université et des classes préparatoires (qui coûtent plus cher) à une élite qui dispose déjà, par sa position sociale, d’un bon capital financier et culturel.
Pour les établissements-ghettos, il y aurait contractualisation des objectifs, c’est-à-dire nécessité de remplir certains objectifs pour bénéficier d’un financement. "Xavier Darcos a révélé que, après l’assouplissement de la carte scolaire de l’an dernier, 30 collèges avaient perdu plus de 10 % de leurs effectifs à l’entrée en sixième. Pour tenter de remonter le niveau, les classes seront « dédoublées » et des innovations pédagogiques encouragées. Un bilan sera fait après trois ans. S’il n’est pas concluant, ces collèges ghettos fermeront." Outre l’aspect contractuel, cela revient à prévoir à l’avance l’échec du dispositif, et à envisager la suppression définitive des ZEP... cohérent si on est convaincu que la situation sociale n’a aucune incidence sur la scolarité (en contradiction avec toutes les études réalisées), et si on croit que la réussite scolaire d’une élite provient d’un don naturel et pas d’une meilleure position au départ dans la société et son système scolaire.
Et pourtant « en France, un élève issu d’un milieu défavorisé a 4,3 fois plus de risques qu’un élève issu d’un milieu privilégié de se situer au bas de l’échelle d’aptitudes en mathématiques. Ce chiffre se situe légèrement au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. » [doc. OCDE]. L’exemple des mathématiques n’est qu’un exemple parmi d’autres. De toute façon, « en France, 62,1 % d’élèves parmi les plus faibles en mathématiques sont aussi parmi les plus faibles en lecture » [même source].

Le service public d’orientation est menacé de disparition : les recrutements de COP baissent continuellement depuis 2003 et 5 départs à la retraite sur 6 ne seront pas remplacés en 2008. Une telle asphyxie ne permet plus d’être en mesure de répondre aux attentes des élèves et de leur famille et favorise le développement explosif du marché privé de l’orientation.
Parallèlement on assiste à un transfert des missions des COP sur les enseignants, du collège à l’enseignement supérieur : entretiens systématiques d’orientation menés par les professeurs principaux en 3ème, 1ère, orientation active à l’université ; en outre, la commission Pochard propose d’intégrer le conseil en orientation aux obligations de service des professeurs, ce qui est aussi le souhait du ministre [déclaration à l’Assemblée nationale du 15/11/07].
Plus globalement, à l’heure où le gouvernement annonce la création d’un grand service public d’orientation, en niant ainsi qu’il en existe déjà un, il s’agit en réalité d’une profonde remise en cause du rôle actuel des COP. Les élèves et les parents en seront les grands perdants puisqu’avec la disparition de ces professionnels qualifiés, c’est la fin du droit pour tous à :
une information personnalisée gratuite, indépendante et fiable ;
une aide dans l’élaboration de projet d’avenir ;
un conseil en orientation favorisant l’adaptation au système de formation, la réussite scolaire, l’épanouissement de la personne et l’accès à l’autonomie ;
un suivi personnalisé tout au long de la scolarité et à la sortie de la formation initiale.

Nous assistons ainsi à une remise en cause massive
des fondements de notre système d’éducation.

Emparons-nous de cette question qui concerne tous les citoyens,
et mobilisons-nous massivement !

NB - Le texte complet est téléchargeable ci-dessous, ainsi qu’une brochure de quatre pages reprenant la quasi-intégralité de cet article.



Documents joints

Fiche HMI n°2
Fiche HMI n°2
4-pages Cohérence des "réformes"
4-pages Cohérence des "réformes"

Agenda

<<

2017

 

<<

Octobre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2526272829301
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
303112345
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois