UNE VISION TRÈS ORIENTÉE DE L’ÉDUCATION NATIONALE

lundi 10 mars 2008

Les propositions de la commission Pochard font apparaître une orientation idéologique, comme le laissait craindre sa composition (on y trouve par exemple des membres de l’Institut Montaigne, « laboratoire d’idées » néo-libéral, ou le DRH du groupe La Poste mais aucun‑e représentant‑e des personnels !)

En premier lieu, les changements préconisés vont tous dans le sens du renforcement de la hiérarchie, avec l’attribution de pouvoirs plus importants au chef d’établissement, la préconisation d’un échelon hiérarchique supplémentaire (notamment par le biais du conseil pédagogique ou du conseil des maîtres), et l’octroi d’un pouvoir sur l’organisation du temps scolaire ainsi que sur l’application d’une partie des programmes. Une partie du budget dépendrait directement de l’établissement.

La commission propose aussi d’allouer 10 % des postes de direction à des personnes extérieures à L’Éducation Nationale : quoi de mieux pour développer une approche gestionnaire au détriment du développement harmonieux de l’enfant ?

En outre, la façon d’envisager l’évaluation des établissements comme celle des enseignant‑e‑s semble s’inspirer du « management » cher au secteur privé : elle doit avoir des conséquences sur le montant des budgets alloués mais aussi sur les rémunérations. Le projet académique et le projet d’établissement prendraient le pas sur une vision nationale. L’évaluation au « mérite », au sens de soumission aux choix du chef d’établissement, est proposée.

La rémunération des enseignant‑e‑s ne saurait être valorisée, selon la commission, sans une contrepartie d’obligations supplémentaires. Et cela en s’appuyant sur les heures supplémentaires ou sur une prime modulable. La bivalence, obligatoire pour les néo-titulaires, se ferait sur la base du volontariat pour les autres. Dans un tel cadre, ne peut-on craindre une forte individualisation de la relation avec la direction (un lien contractuel est même proposé) et une augmentation de la charge de travail au détriment de sa qualité ?

Enfin, le rapport propose de simplifier le contenu disciplinaire des concours, de développer la reconnaissance des acquis des expériences professionnelles (RAEP), et le regroupement de certains concours (CAPLP et CAPET, et à terme, pourquoi pas, le CAPES).
Il s’agit donc de développer une certaine idée de l’éducation, fondée sur la concurrence entre les établissements et le dogme de la compétition entre les personnes. On relève que la priorité de « l’intérêt de l’élève » reste conditionnée par son « mérite individuel », au sens où la promotion sociale devrait davantage à des qualités individuelles qu’à des considérations circonstancielles. Les zones économiquement moins favorisées ne pourront assurer le même niveau d’enseignement que les zones riches. L’objectif de performance poussera les établissements à choisir les élèves les plus à même de leur apporter une « plus-value » de réputation ; se profile une dualisation de l’enseignement selon l’origine sociale.

Il s’agit aussi, en inscrivant les carrières dans une compétition individuelle constante, en précarisant certains statuts et en prétendant ouvrir à d’autres visions le métier d’enseignant‑e, de morceler la conception de l’Éducation pour tou‑te‑s au profit d’une vision dite « pragmatique » de formation à des métiers, mais aussi de diminuer les risques de contestation sociale.

La hiérarchisation croissante est aussi très orientée politiquement : les personnels ne sauraient qu’appliquer des consignes établies « plus haut ». Quid de la réflexion individuelle ?

C’est pourquoi SUD éducation Nord/Pas-de-Calais considère que les travaux de la commission Pochard dénotent une vision partiale de l’Éducation et ne peuvent donc servir à une refonte du métier d’enseignant‑e et du système éducatif. Le but affiché ne peut être atteint à partir d’une vision partisane, issue de personnalités qui dans les faits militent pour un certain type de société. Les personnels, professionnel‑le‑s bien conscient-e-s des enjeux politiques du fonctionnement de l’Éducation Nationale, doivent être associé‑e‑s à la réflexion, avec tou‑te‑s les citoyen‑ne‑s, au lieu que cette réflexion soit confisquée par une « élite » qui s’autorise à penser pour les autres... toujours dans la même direction.


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