Une attaque concertée contre la recherche publique

Tract commun de SUD éducation, SUD Recherche et de l’Union syndicale Solidaires
vendredi 7 novembre 2003

Des indices concordants ... Une attaque concertée de la recherche publique

Lobbys, Fondations et Évaluation

ENTRÉE EN SCÈNE

Chargé par le gouvernement de réfléchir au développement des sciences, Maurice Godelier termine ainsi son discours du 6 décembre 2001 [1] : « Il faut franchir le pas et aider à la création de grandes fondations de recherche soutenues par les entreprises. Il faut donc défiscaliser les dons qui seront faits à partir de leurs plus-values. » Voici le décor planté : les entreprises veulent se greffer sur la recherche publique et en cours de route, défiscaliser leurs investissements en Recherche et Développement.

LA PRESSION DES LOBBYS : LE PROJET POULETTY

Le Figaro du 12 Mai 2003 publiait une série d’articles sur un certain Conseil Stratégique de l’Innovation : en fait de la dénomination polie d’un groupe de pression des entreprises de biotechnologie, orchestré par Philippe Pouletty de France Biotech [2]. Très écouté du présent gouvernement, présenté aux journaux et télévisions comme présidant le groupe de réflexion sur la recherche dont tous pensent alors qu’il est gouvernemental, ce charmant personnage propose très sereinement d’éliminer le statut de chargé de recherche, les instances scientifiques actuelles et de remplacer les organismes de recherche par des fondations. À la place d’un emploi stable de fonctionnaire (type CR) et jusqu’à la quarantaine, les jeunes chercheurs seraient employés sur une succession d’emplois précaires.

LE PLAN GOUVERNEMENTAL "MÉCÉNAT ET FONDATIONS"

Ce plan se concrétise par la loi du 1er août 2003 (2003-709) dont les maîtres mots sont : fiscalité et philanthropie. Il s’agit « d’aider » la recherche française, ce que de riches mécènes et « éventuellement » des entreprises pourront faire grâce à une défiscalisation très conséquente sous forme de réductions d’impôts. La légitimation est aussi au rendez-vous puisque la procédure de reconnaissance d’utilité publique est assouplie et raccourcie.

DÉPENSES PUBLIQUES POUR RECETTES PRIVÉES

Simultanément au coup d’envoi donné aux fondations, le gouvernement raréfie les crédits usuels afin de forcer les chercheurs vers des financements privés. Le modèle qui se dégage est donc très simple : les fondations agiront comme des agences de moyens et les centres de recherche et/ou les universités comme des prestataires de services. Mais ce projet qui place l’économique en pilote des connaissances est autrement plus retors que cela ! Car non seulement les entreprises économisent des impôts en passant par l’intermédiaire de dons, mais en plus elles n’ont plus à leur charge le maintien d’une équipe de recherche et développement : ce coût revient à la communauté ! Et la variété des contrats peut aller jusqu’à lui octroyer le secret des découvertes réalisées comme c’est déjà le cas en médecine ou en chimie. Dans sa grande beauté, ce projet permet aussi à l’état ... de subventionner des fondations !

LÉGITIMER LES ATTRIBUTIONS : L’ÉVALUATION

Pour installer véritablement les organismes de recherche dans un rôle de prestataire de services, il faut un intermédiaire essentiel : l’évaluation. Cette évaluation nous est bien sûr présentée comme devant être contrôlée par des personnages extérieurs à ces organismes, des soi-disants experts qui seraient plus experts que ... les chercheurs de pointe sur la question ! Ces experts extérieurs sont supposés impartiaux, mais sont considérés comme experts non pour leurs compétences personnelles mais es qualités (directeur scientifique de telle ou telle entreprise). Or, depuis longtemps les instances d’évaluation des organismes de recherche oeuvrent à une recherche indépendante et de qualité avec des critères basés sur les publications et le rayonnement scientifique. L’intronisation de ces nouveaux experts extérieurs issus de l’industrie serait le moyen rêvé de renforcer le poids des critères de type nombre de brevets, nombre de contrats industriels ?

UN MODÈLE D’UNE GRANDE COHÉSION

L’optique à l’oeuvre au gouvernement entend nous enfermer dans une stricte logique marchande et soumettre les organismes de recherche au pouvoir économique. Le processus de Bologne (favoriser les échanges d’étudiants à travers l’Europe en instaurant les diplômes Licence/Master/Doctorat) est bien une étape dans la supposée guerre économique livrée par l’Europe pour devenir la société de la connaissance. Les critères choisis pour évaluer la recherche viseraient donc à mettre en avant la recherche rentable et celle-là seulement. Les connaissances non directement exploitables comme, au hasard, les sciences sociales, la linguistique, la cosmologie, ou toute recherche dite fondamentale, échappent à ces critères et sont donc condamnées sinon à mourir, du moins à se réduire à peau de chagrin. Cette surexploitation de la frange de la recherche qui est rentable néglige gravement son entretien et son renouvellement. La justification repose d’une part sur l’idée qu’il faut oser l’horreur pour réussir, que le monde est dur et l’efficacité primordiale, et d’autre part sur la soi-disant faiblesse de la recherche européenne. Une recherche faible qui a pourtant su identifier le Sida, construire Airbus, et que le secteur privé espère tout de même annexer ... N’oubliez jamais : si Louis Pasteur, Marie Curie ou Denis Papin avaient eu des comptes à rendre à Adventis, la Cogema ou Alstom, nous mourrions aujourd’hui de la rage dans des trains tirés par des chevaux.

LA VISION PROPOSÉE

- Des organismes de recherche dévoués à l’innovation pour les entreprises.
- Quelques dirigeants en place qui emploieraient des CDD sur des projets précis.
- Une infrastructure maintenue et financée par l’État, les projets étant rémunérés par le commanditaire. -L’organisme payeur possèderait la propriété entière et indivisible des découvertes ainsi réalisées, comme cela arrive déjà souvent en biologie.

CE QUE NOUS VOULONS

- Des organismes de recherche voués au développement des connaissances pour tous.
- Une autonomie basée sur des emplois garantis et une indépendance possible si voulue des plus jeunes vis à vis des mandarins.
- Un financement public garanti.
- Un accès aux connaissances libre et facilité par la présence de centres universitaires ouverts.

LA RECHERCHE SUR PROJET : DES CHERCHEURS JETABLES

La vision qui prévaut veut aussi que les « jeunes » soient les plus productifs et les « vieux » les plus à mêmes de diriger ces énergies créatrices. Ces pratiques qui empruntent autant au thème du chef de meute qu’à la vampirisation se mettent en place par l’intermédiaire de post doctorat et autres CDD de trois à cinq ans, notamment dans le cadre des Services d’Activités Industrielles et Commerciales. De façon plus directe, ces procédés réduisent de beaucoup le nombre d’interlocuteurs pour les entreprises et placent ceux-ci dans une position de gestion de la pénurie. Les SAIC leur permettent grâce à des statuts dérogatoires des rémunérations copieuses sous forme de primes. Les salaires mêmes des CDD sont plus élevés que ceux des maîtres de conférences ou des chercheurs débutants ... Mais d’une part, ces salaires ne seront perçus que durant trois ou cinq années, d’autre part le jeune chercheur s’engage à ne travailler que sur un sujet précis, bloquant d’un seul coup toute création. En 2003 et pour la première fois, le ministère a ouvert 400 postes de post doctorants, gagés sur des postes de CR2. Enfin le rapport ministériel 2003 sur la recherche et le développement [3]affiche la politique du gouvernement dans les titres des sections : « l’innovation, un nouvel esprit d’entreprise dans la recherche » page 18, suivi page 22 du diffamatoire « culture de projet et évaluation, penser la science comme un savoir utile ». Et oui, jusqu’ici, les chercheurs nageaient dans le superflu, mais la mise au pas ne saurait tarder.

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Sud Recherche Epst INRETS Bron et Villeneuve d’Ascq Sud Éducation Nord/Pas de Calais


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Brèves

LOI TRAVAIL : motion de censure

vendredi 13 mai 2016

Une motion de censure dite citoyenne a été lancée, et Solidaires appelle à la signer massivement : http://motiondecensure.fr.

Victoire au lycée Picasso

dimanche 29 mars 2015

Le lycée Pablo Picasso d’Avion s’était fortement et unitairement mobilisé suite à l’annonce de la perte d’un demi-poste de CPE - alors que la situation du lycée rendait aberrante cette suppression décidée brutalement par le rectorat.

Les élèves et les personnels soutenu-es par l’intersyndicale CGT - SNES - SUD se sont notamment rassemblé-es devant le rectorat le jeudi 19 mars.

Un rassemblement qui avait belle allure, et rejoint par les adhérent-es de SUD éducation 59/62 réuni-es en AG sur Lille ce jour-là.

Selon nos sources, cette mobilisation est victorieuse :
le rectorat renonce à cette suppression de poste ! La lutte a payé...

Trop c’est trop !

mercredi 25 mars 2015

Le service social de l’éducation EN GRÈVE LE 2 AVRIL !(Communiqué intersyndical du 18 mars 2015)

La laïcité : un combat permanent

lundi 11 février 2013

Les écoles privées sous contrat scolarisent 18% des élèves, pourtant ces 5 dernières années l’enseignement public a supporté 96,6% des suppressions de postes contre 5% pour le privé. Le secrétaire national de l’enseignement catholique, Eric Delabarre, affirmait que l’on pourrait encore supprimer des postes, pourtant il ne propose d’en restituer aucun à l’école publique et en demande 5100 dans le calendrier pluriannuel annoncé par M. Peillon !
Le thème de la laïcité a tout simplement été oublié lors des concertations sur « la refondation de l’école », en revanche les représentants de l’enseignement catholique n’ont pas manqué d’être invités. Ainsi, l’État a, d’une part, donné priorité à un culte aux détriment des autres, et il a d’autre part ouvertement invité une église à participer à une réflexion sur l’école de la République. Pas étonnant après qu’Eric Delabarre (toujours le même) se
permette de ne pas respecter son devoir de neutralité lors du débat sur le mariage pour tous.
L’État, en assurant la rémunération des profs du privé, et les Collectivités Territoriales, en payant des forfaits pour le fonctionnement de ces écoles
(donc depuis la loi Debré de 1959 et ses multiples amendements), subventionnent donc largement l’enseignement privé sous contrat en contradiction avec la loi de 1905. Ces écoles, à la différence du
secteur public, perçoivent aussi des dons : 66% de leur montant sont un manque à gagner pour le fisc.
L’Observatoire de la Laïcité Scolaire en Haute Normandie a interrogé plusieurs mairies sur les forfaits qu’elles versent et a ainsi constaté que beaucoup subventionnent des
écoles maternelles alors qu’elles n’y sont pas obligées par la loi et que par ailleurs le montant de ces forfaits est calculé de façon erronée. Le respect
des modes de calcul peut amener à réduire de moitié les sommes versées par les CT aux établissements sous contrat ! En ces temps d’AUSTÉRITÉ,
ce n’est pas un détail.

Elections TPE 2012 : Faîtes voter Solidaires

lundi 19 novembre 2012

Entre le 28 novembre et le 10 décembre 2012, tout-e-s les salarié-e-s des entreprises de moins de 11 personnes, ainsi que les salarié-es de particuliers, voteront pour dire quel syndicat doit défendre leurs intérêts… et contribueront à déterminer, dans chaque branche et globalement, quel syndicat est représentatif.

Ils et elles ont beau être près de 5 millions, ces salarié-es n’éliront pas de délégué-e-s pouvant les représenter, les défendre, les assister face à aux employeurs, contrairement à tout-es les autres travailleurs-euses. L’Union syndicale Solidaires a demandé, en vain, que ces élections ouvrent des droits nouveaux pour les salarié-es : ni le gouvernement Sarkozy, ni le gouvernement Hollande n’ont donné suite.

L’absence d’activité syndicale dans la majorité de ces secteurs, le fait que ces élections ne donnent aucun droit aux salarié-es concerné-es, l’absence de vote physique, sont autant d’éléments qui vont conduire à un taux d’abstention important.
Le rôle de chaque syndiqué-e Solidaires est déterminant : même pour celles et ceux qui travaillent dans la fonction publique, nous avons toutes et tous des ami-es, de la famille, des voisin-es, qui travaillent dans des entreprises de moins de 11 salarié-es ou qui sont salarié-es de particulier. Du matériel de campagne (tract, affiches, flyers) est disponible dans les Solidaires locaux : cette campagne de proximité, par chaque adhérent-e, sera essentielle pour réussir cette élection.

Les capitalistes nous coûtent cher

lundi 19 novembre 2012

Vous trouverez ici un lien contenant un quatre-pages de Solidaires à diffuser au maximum.

Enquête sur la souffrance au travail

lundi 19 novembre 2012

L’Observatoire Syndical de la Souffrance au Travail organise une grande enquête sur la souffrance au travail dans le but de dresser une cartographie de la souffrance au travail principalement dans la région 59/62.

Ce questionnaire nous aidera également à mieux lutter contre les mécanismes mis en oeuvre par ces modes de management et d’exploitation des salariès et contre la détérioration des conditions de travail.
Les réponses que vous fournirez à ce questionnaires sont totalement anonymes

Répondre à ce questionnaire ne prend que quelques minutes . Merci de nous les consacrer pour nous aider dans ce combat contre la souffrance au travail.

Nous vous remercions à l’avance de votre participation.