Tunisie, Gafsa. Procès d’un mouvement social pacifique dans un régime corrompu.

vendredi 6 février 2009

Gafsa est une ville minière du sud ouest de la Tunisie. Nous sommes loin du luxe que Tunis affiche pour les touristes. Le bassin minier (phosphate) est marqué par une extrême pauvreté, le taux de chômage y est trois à quatre fois supérieur à celui de la Tunisie en général qui est déjà de près de 15 %. C’est pourquoi, en janvier 2008, quand des fraudes à l’embauche chez le principal employeur local, la société d’exploitation des mines, ont été révélées, les chômeurs ont manifesté leur ras- le-bol de ce système gangréné par la corruption, elle-même sponsorisée par la dictature policière de Ben Ali. La répression a immédiatement été féroce à tel point que la population a rejoint le mouvement, et ce d’abord à Redeyef, ville proche de Gafsa. De nombreux manifestants ont subi des violences policières jusqu’à la manifestation du 6 juin dernier lors de laquelle deux personnes ont trouvé la mort en essuyant les tirs de la police. Deux manifestants, réfugiés dans la zone des transformateurs électriques dont le directeur a ordonné la remise en marche, sont morts également. Depuis, le pouvoir a décidé de faire porter le chapeau de sa gestion criminelle de la révolte populaire à 38 manifestants considérés comme les leaders du mouvement. Le premier procès, en décembre, a été une parodie de justice et a débouché sur des peines de prison ferme allant de 2 à 10 ans ! Le procès en appel, le 13 janvier est revenu sur les aspects les plus caricaturaux de cette « justice d’État » : les prétendues pièces à convictions n’ont jamais été présentées ! Les accusés n’ont pas pu s’exprimer, les témoins aussi bien de l’accusation que de la défense n’ont pas été présentés non plus, les avocats ont relevé de nombreux vices de forme : PV antidatés ou truqués pour des accusés... qui n’étaient pas sur les lieux au moment des faits ! Les avocats, de plus, n’ont pas pu rencontrer la plupart des accusés avant le procès. Ils demandaient que ceux-ci puissent bénéficier de soins (en raison de tortures qu’ils ont subies notamment) et soient regroupés dans une seule prison (ils sont actuellement dispersés dans trois prisons pour multiplier les difficultés pour les avocats) et enfin que les familles puissent exercer leur droit de visite, lui-aussi bafoué jusqu’à présent... Enfin, plus important encore, ils demandaient, pour toutes ces raisons – une seule aurait suffit hors d’une dictature policière – la remise en liberté de tous les accusés. La cour ne leur accordé qu’une chose, le report en appel le 3 février. Mais ce jour-là, les lourdes peines ont été confirmées, même si elles ont été légèrement diminuées.

Il s’agit sans conteste d’un procès politique, la Tunisie n’a pas connu un tel mouvement, aussi long, depuis bien longtemps. Le pouvoir joue beaucoup dans ce procès. Il craint que la protestation ne s’étende et sait que ce mouvement est mené par des militants et des populations qui estiment ne plus rien avoir à perdre. Le pouvoir craint aussi que les échos de ses exactions ne montent en puissance à l’étranger. Une campagne de propagande a été entamée dans la presse nationale pour dénoncer les « ingérences étrangères » dans les affaires tunisiennes ainsi que leur « relent de colonialisme » !

Un question, lancinante, reste : pourquoi si peu d’échos de ces pratiques du pouvoir tunisien dans la majorité des médias français ?


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