Femmes de l’ombre : le service à la personne

mercredi 15 avril 2009

Article fondé en grande partie sur les interventions de Florence Jany-Catrice (Clersé), Stéphanie Husson (Émergences) et Patricia Garcia (SUD Santé Sociaux) aux journées intersyndicales femmes des 12 et 13 mars 2009.

Autrefois pris en charge par des structures publiques ou à but non lucratif, les services à domicile dépendent essentiellement aujourd’hui du
secteur marchand. Ils représentent un nouveau gisement d’emplois... ultra-précaires. Créée en juillet 2005, l’Agence nationale des services à la personne a pour objectif de « promouvoir les services à la personne ».
Dans une campagne de publicité assez récente, elle parlait du « produit qui promène le chien » ; de celui « qui remplit le frigo », etc. Cela en
dit long sur ce travail invisible et le peu de cas que l’on fait de ces travailleuses (ce sont à 98 % des femmes). Et dire que c’est la seule proposition de reclassement qu’on ait faite aux femmes qui vont être licenciées à la Redoute !

Aujourd’hui, 1,5 millions de personnes travaillent dans ce domaine en France. C’est plus que dans l’automobile. Mais attention, un quart de ces emplois sont des emplois de moins d’une heure par semaine et 50 % sont des emplois de moins de 7h. 1,3 millions de ces emplois sont des
emplois directs, de gré à gré, ce qui implique l’absence d’inspection
du travail, de prise en charge des temps de transports (souvent
longs) et d’ancienneté.

Les services personnels et domestiques ne peuvent se développer que s’il y a des inégalités suffisamment fortes. Dans les pays nordiques, où la répartition des tâches est plus équilibrée au sein des couples et où les cadres ne font pratiquement pas d’heures supplémentaires, avoir recours à une femme de ménage quelques heures par semaine est impensable. En Suède, les services sociaux des services aux personnes âgées sont gérés de façon communale par du personnel qualifié (avec au minimum un Bac + 3).

En France, 1,5 millions de personnes âgées ont recours à une aide à domicile. Beaucoup de ces femmes sont d’origine immigrée. Âgées d’en moyenne 45 ans, 70 % d’entre elles n’ont ni diplôme, ni qualification (donc, pas de grille de salaire). Elles ont plusieurs employeurs et souvent, différents statuts. Elles interviennent sur des lieux privés. Elles travaillent en moyenne 11 à 12 heures par semaine et gagnent aux alentours de 300 euros par mois. Tout ça avec une grosse amplitude horaire.

Ce travail féminin est associé au travail domestique. Comme souvent, hélas, la féminisation entraîne dévalorisation et déqualification. Ces femmes sont moins payées qu’un ouvrier non qualifié. Pourtant, elles mobilisent des compétences techniques, relationnelles et sociales.
Isolées, elles sont fréquemment amenées à faire le travail d’une aide-soigante, voire d’une infirmière. Elles sont sans cesse confrontées à quelqu’un de malade qui va mourir, tout cela, dans une relation duale. Elles doivent être autonomes et constamment s’adapter. Elles ont
affaire à des gens qui sont le plus souvent en fin de vie et qui peuvent avoir des problèmes physiques graves et parfois des problèmes psychiatriques importants. Elles doivent « encaisser » des remarques racistes et sexistes.

Du fait de la précarité et de leur pénibilité, ces emplois connaissent un turnover très important. S’engager dans une VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) est très difficile pour la plupart de ces femmes, notamment à cause du passage à l’écrit. De plus, pour avoir le diplôme, elles doivent avoir toutes les habilitations. Problème : comme elles travaillent avec des personnes âgées, elles ne peuvent avoir l’habilitation « petite enfance ». Même l’AFPA ( Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes) ne fait pas la qualification entière mais seulement certains modules.

La situation de ces femmes n’a cessé de se dégrader. Que faire face à une telle situation ? Au niveau syndical, il faut se battre pour que ces femmes aient un véritable statut. Elles doivent avoir l’assurance de faire un minimum d’heures pour pouvoir « survivre » et d’avoir des contrats de travail. Il est nécessaire que, tout comme les assistantes maternelles, elles aient une structure collective afin de pouvoir échanger entre elles et rompre l’isolement dans lequel elles sont plongées.

Au niveau individuel, il faut s’interroger sur des dispositifs comme les Cesu (Chèques Emploi Service Universels) qui ne servent qu’à protéger l’employeur, et ne pas succomber, dans la mesure du possible, à la tentation des emplois de gré à gré. Parmi les pistes qui peuvent
peut-être permettre d’améliorer les choses, il faut signaler les « béguinages » mis en place par certaines associations. Six à douze personnes âgées y vivent. Lorsque l’une décède, une autre prend sa place. Le personnel fait un temps plein en CDI et n’est pas isolé.

Ainsi, il nous faut pousser au développement de solutions pour améliorer les conditions de travail dans un secteur où les femmes font les premières les frais de l’ultra précarisation.


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