Formation initiale et continue dans le 1er degré : lutter pour plus de moyens

jeudi 31 août 2006

La grogne des directeurs/directrices d’école avait abouti l’année dernière à la présentation d’un protocole d’accord très critiqué que seul un syndicat (le se-unsa) avait signé. Le différent portait notamment - et porte toujours - sur l’emploi massif de salariés précaires pour assister les directeurs-directrices ainsi que sur le mode de décharge proposé par le Ministère puisqu’il ne débouchait pas sur l’embauche d’enseignant-e-s, mais au contraire, sur l’utilisation de personnels en formation initiale, les PE2. Faisant fi du peu d’unanimité recueilli par ses « avancées », le ministère applique donc son plan : 50 000 Emplois Vie Scolaire sur-précarisés et sous payés débarqueront peu à peu dans les écoles avec les PE2...

Outre son impact sur la hausse de la précarité dans l’éducation nationale, les conséquences de ce protocole très décrié risquent d’être dévastatrices pour la formation initiale et continue des personnels. En effet, dépêchés en « stage filé à l’année » pour décharger un jour par semaine les directeurs-directrices d’écoles de 4 classes, les PE2 verront leur formation initiale amputée d’une centaine d’heures. L’opération est d’autant plus cynique que le Ministère se targue d’ajouter à cette même formation initiale des modules sur l’accueil des élèves handicapés... Il est par ailleurs inutile d’attendre la moindre clémence de l’administration pour remédier à ces manques : les PE2 devront combler leurs lacunes par deux semaines banalisées en IUFM prises sur les vacances scolaires, puis seront envoyés en stage au cours de leur première année de titularisation, perdant du même coup 1/3 de leur droit à la formation sur le temps de travail. Notons au passage que, pendant ces stages, ils seront remplacés par... d’autres PE2 ! La situation serait risible, si elle ne constituait pas un véritable catalogue de mesures que ne renierait pas le Medef : emploi de personnel en formation ou précaires pour économiser de la main d’œuvre statutaire, augmentation du temps de travail dès la formation initiale tout en habituant les futur-e-s enseignant-e-s à devenir taillables et corvéables à merci ...

Si la formation initiale était, certes, critiquable, elle avait cependant au moins le mérite d’exister. On pourrait en dire autant de la formation continue, déjà trop souvent compromise par le manque de remplaçants et, à terme, rendue de plus en plus difficile par le déficit de PE2 disponibles. On peut en effet se demander comment ces derniers pourront relayer les enseignant-e-s en formation, rôle qui leur était jusqu’à présent dévolu, tout en assurant leurs stages filés et le remplacement de leurs collègues PE2 en stage. Le calcul est vite fait : il y aura moins d’enseignant-e-s en formation continue et plus de formation sur le tas hors temps de travail. On se souviendra à cet égard que certains projets de stimulation langagière, gros demandeurs de formation en orthophonie, appliquent déjà à la lettre ce schéma : quelques enseignant-e-s impliqués dans le dispositif sont envoyés en formation sur leur temps de travail auprès d’un institut d’orthophonie, puis, l’année suivante, instruisent à leur tour leurs collègues. Ces moments de formation sur le tas, qui risquent de dégénérer en « téléphone arabe » à brève échéance, se déroulent de plus hors temps de travail ou durant les heures de concertation... qu’il faudra rattraper en ajoutant d’autres réunions hors temps scolaire. A ce rythme, la formation continue des personnels sur le temps de travail risque de devenir non plus un droit, mais un luxe...

La situation est donc alarmante. Elle l’est d’autant plus que depuis quelque temps les municipalités elles-mêmes interviennent dans la formation continue des personnels. Certaines d’entre elles paient en effet les orthophonistes qui forment les (rares) enseignant-e-s des dispositifs de stimulation langagière. Quant aux mairies qui, décentralisation et fructueux contrats avec des sociétés privées aidant, financent l’installation d’ordinateurs dans les écoles, il leur arrive bien souvent de contraindre les personnels à accepter des formations en informatique hors temps scolaire (le mercredi, par exemple). Si l’économie est de taille pour l’Education nationale, il n’est pas certain que la formation des personnels, de plus en plus dépendante de la volonté des municipalités ou de leurs finances, en sorte grandie.

Qu’elle soit initiale ou continue, la formation reste un élément vital à la satisfaction des besoins des écoles. Sud éducation Nord-Pas de Calais rappelle à tous les personnels que la formation continue sur le temps de travail est un droit. Il est inconcevable que celui-ci soit galvaudé et amputé au nom de la même politique comptable qui s’acharne année après année à réduire nos moyens. Une formation de qualité exige du personnel statutaire : remplaçant-e-s et enseignant-e-s. Elle requiert également du temps sur le terrain comme dans les instituts de formation. Revendiquer l’obtention des moyens qui nous sont dus est inséparable de la lutte pour une meilleure formation, plus égalitaire et plus démocratique, dans les écoles et les IUFM.


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