Apprentissage junior : Les bébés jetés avec l’eau du bain !

vendredi 31 août 2007

Dans la précipitation la plus totale, mais il fallait bien mettre en application la grande idée de Villepin*, une classe d’apprentis juniors (14 ans) était ouverte en septembre 2006 à Arras au lycée Jacques Le Caron (métiers du bâtiment). Une douzaine de jeunes de 14 ans issus de classes de cinquième et quatrième ont ainsi été recrutés pour une année organisée en 24 semaines au lycée et 12 semaines en entreprise avec comme perspective la signature d’un contrat d’apprentissage dès 15 ans dans le secteur du bâtiment.

Jusqu’en mai dernier, le discours officiel est resté très positif à propos de cette classe d’apprentissage junior. Il était même question d’en ouvrir une deuxième pour la rentrée 2007 à Roubaix, toujours dans le secteur du bâtiment (discours très positif mais administration au final pas vraiment ambitieuse : avec une trentaine d’élèves pour toute l’académie et dans un seul secteur professionnel, l’apprentissage junior devait rester confidentiel).

La réalité, c’est la chronique d’une mort annoncée. La première promotion a subi le dysfonctionnement d’un dispositif voué à l’échec : des périodes en entreprise infructueuses (compte-tenu de leur âge, impossible pour les jeunes de participer à une quelconque activité professionnelle et la majorité des employeurs qui s’étaient engagés à indemniser les apprentis juniors y ont de fait renoncé), la perspective de signer un contrat d’apprentissage en bonne et due forme réduite à peau de chagrin (fin juin, seuls quatre apprentis juniors avaient une promesse sérieuse d’embauche) et l’incertitude sur l’avenir scolaire des apprentis juniors ne signant pas de contrat (retour en 4ème, passage en 3ème, entrée en 1ère année de CAP... ?). Pas étonnant donc de voir début juin l’apprentissage junior disparaître purement du système éducatif. Exit les créations, et la classe du lycée Jacques Le Caron d’Arras devient une troisième découverte professionnelle six heures. Le nouveau gouvernement n’a pas le choix. Il opère discrètement, car il s’agit bien d’une marche arrière radicale sur cette question. Si les promoteurs directs de l’apprentissage à 14 ans ne sont plus ministres, la majorité au pouvoir reste celle qui les soutenait vaillamment à l’époque. Par contre, la quasi-totalité des organisations syndicales et notamment dans l’Éducation Nationale (SUD éducation écrivait : « apprentissage à 14 ans : la démagogie masquant une descolarisation précoce ») avait immédiatement dénoncé, avec le soutien de nombreuses fédérations professionnelles, cette régression sociale et ce miroir aux alouettes (l’apprentissage, qui plus est à 14 ans, ne peut être considéré comme une réponse aux problèmes de l’échec scolaire). Des familles et des jeunes ont pourtant cru à cette recette miracle et se sont, malheureusement, laissés entraîner dans cette impasse. Des ministres moins sûrs d’eux, moins sourds et moins démagogues auraient permis d’éviter un pareil gâchis.


Note

*1er ministre au moment de la « crise » des banlieues de novembre 2005, Villepin propose à côté des réponses répressives quelques mesures censées s’attaquer aux problèmes de fond. Il met particulièrement l’accent sur l’apprentissage à 14 ans. De Robien, alors ministre de l’éducation nationale, n’y trouve rien à redire et s’engouffre dans cette brèche qui remet en question l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans et bafoue ainsi un des principes de base du droit du travail. Pour la petite histoire, la récompense n’a pas tardé pour ce fin connaisseur du code du travail, de Robien a été désigné cet été délégué du gouvernement au sein du Bureau International du Travail (BIT) !


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